Au-delà de mes opinions écologistes et de mon engagement depuis 1970, je suis libre de ma pensée et un citoyen comme les autres. J'ai mes certitudes, mes doutes, mes questionnements, mes coups de cœur, mes espoirs, mes colères et une curiosité toujours en éveil. De plus, sur ce blog, je ne me limite pas à la politique institutionnelle mais élargi ce périmètre à toutes les dimensions de la vie. La politique n’est-elle pas la vie de la citée ?
27 Février 2013
(1er épisode)
DE FESSENHEIM A BUGEY...
Une chaîne est composée de maillons. Aussi, pour vous mettre en bouche juste avant de participer à celle du 9 mars prochain à Paris, je vous propose sur plusieurs articles l’histoire de tous les maillons anti-nucléaires qui la composent depuis 1971.
Pour moi cette chaîne du 9 mars est le maillon le plus récent de la déjà longue chaîne anti-nucléaire
française qui débute dès les années 60, c'est-à-dire avant-même le programme de construction du parc des centrales actuelles. C'est autour de celui-ci que l'action anti-nucléaire se structure en
France. Cette chaîne militante débute avec Jean Pignero et le docteur Pierre Pizon qui l'un et l'autre créent dans les années 60 l'Association pour la Protection contre les
Rayonnements Ionisants (APRI). Qui est longtemps la principale source d'information pour le plus grand nombre de personnes autour d'un nucléaire aux effets multiples hautement improbables.
En 1970, les adhérents de l'APRI sortent de la seule information pour la protection des
rayonnements ionisants et
passent à l'action anti nucléaire.
En juillet de cette année, l'autorisation de construction du projet d'une centrale nucléaire à Fessenheim est décidée par un conseil interministériel sous De Gaulle le 7 novembre 1967. Deux initiatives: l'une autour de Jean-Jacques Rettig, son épouse et un groupe d'amis, tous d'Alsace, interpellent le ministre de l'Industrie, l'autre autour d'Esther Peter-Davis (américaine, traductrice scientifique) épouse de Garry Davis (fondateur du mouvement des "Citoyens du Monde") et d'un groupe d'amis habitant également en Alsace publient une brochure: "Fessenheim, vie ou mort de l'Alsace". Les deux initiatives se rejoignent et créent le premier comité antinucléaire français: le Comité de sauvegarde de Fessenheim et de la plaine du Rhin (CSFR).
Le CSFR affiche clairement une dimension régionale et transfrontalière. L'opposition à la construction de la centrale s'opère sans violence. Lanza del Vasto et plusieurs compagnons de l’Arche sont présents. L'idée est de s'engager auprès de l'opinion publique afin de la sensibiliser à une conception "plus saine et plus humaine du progrès». Jean Pignero appelle de suite à soutenir le CSFR, Grothendieck du Mouvement Survivre, prend contact avec Pignero. Beaucoup d'activités et de rencontres entre différents groupes et personnes s'opèrent autour du CSFR et de son opposition au projet de la centrale de Fessenheim. Jean Pignero précise" le danger de Fessenheim sera celui de Bugey 1 pour la région lyonnaise, de Saint-Laurent-des eaux 2 pour la Loire et de Golfech pour la Garonne".
A son tour entre en scène Pierre Fournier, celui qui depuis 1969 sévit dans les colonnes
d' Hara-Kiri-hebdo et de Charlie-hebdo, (tirage 150 000 exemplaires). Ses chroniques et dessins d'une lucidité redoutable posent les fondements
de l'engagement écologiste et
du mouvement qui l'accompagne. Il met en mots, en illustrations et diffuse largement les idées de l'écologie qui se construisent autour de lui et de ses lecteurs. Adhérent de l'APRI, il
soutient naturellement et sans réserve le CSFR. Ses articles donnent un élan militant alors que lui-même se défend de l'être. Néanmoins, son action dépasse largement les frontières des différents
groupes constitués et provoque une interactivité entre sa production dans "le journal bête et méchant" et ses lecteurs.
L'année 70 voit apparaître plusieurs mouvements antinucléaires ou écologiques. Autour d' Alain Hervé, journaliste au Nouvel Observateur se crée la branche française des « Amis de la Terre » soutenue par un important comité de parrainage où l'on retrouve Jean Dorst, Claude Levi-Strauss, le navigateur Bernard Moitessier, Théodore Monod, Jean Rostand..., « Survivre », fondé à l'université de Montréal par des mathématiciens d'horizons divers dont Grothendieck, professeur associé au Collège de France, le « Mouvement Pollution Non », créé à Montargis avec Sylvie ma compagne et des copains correspondants dans plusieurs départements.
« Gueulez non de dieu ! »
Dans Charlie hebdo des 5 et 12 avril 1971, Pierre Fournier relaie l'appel du CSFR à la manifestation organisée à Fessenheim. Le 12 avril, lundi de Pâques, elle regroupe 1100 personnes dont une majorité de jeunes, et le slogan "Plutôt actif aujourd'hui que radioactif demain" est apparu ce jour-là. Fessenheim est donc le premier maillon en France de la longue chaîne antinucléaire des rassemblements. A la même époque, se termine la construction du réacteur nucléaire de Bugey1 (Ain). Sous l'impulsion d'Emile Prémilieu et de quelques amis dont Martine Joly, se crée le Comité Bugey qui prend pour nom définitif "Comité d'information et de défense des cobayes récalcitrants", ce qui donne en raccourci Bugey-Cobayes.
Pierre Fournier, Jean Pignero sont de la partie et appellent à un rassemblement contre le réacteur de Saint
Vulbas (Bugey 01). Pierre Fournier ne cesse de relayer et de proclamer "que la lutte antinucléaire n'est pas une fin en soit, mais un point de départ, et le
rassemblement de Bugey doit être le "coup d'envoi" de la révolution écologique". Le rassemblement est prévu le 10 juillet 1971. Les comités et groupes français relaient l'appel sur
l'ensemble du territoire, ce qui donne de 12 à 15000 personnes réunies pour la première fois en France. Même si la manifestation prévue non-violente, des accrochages ont lieu avec les CRS. Plus
tard, Fournier écrit qu'à Bugey quelque chose est né voulant y voir « l'acte de baptême de l'écologie de ce côté-ci de l'Atlantique". Bugey marque la naissance d'un mouvement
antinucléaire d'une ampleur nationale voire européenne.
A la fin de l'été 71, douze groupes antinucléaires constitués ou en voie de constitution sont recensés. Au mois d'août, le projet de la centrale de Dampierre-en- Burly dans le Loiret est rendu public. A la fin des vacances, le Comité Bugey-cobayes informe que 180 personnes appellent à participer à une action non-violente "dure". Le sit-in annoncé face à la centrale de Saint-Vulbas débute le 4 septembre et dure jusqu'au 17 octobre, par roulement de 5 à 6 personnes présentes 24h/24 devant la centrale. C’est le premier sit-in antinucléaire civil en France, autre nouveau maillon de la chaîne antinucléaire.
En haut, la cigogne du CSFR, à droite son autocollant sur fond bleu,
12 avril 1971, Fessenheim, dessin de Charlie-Hebdo du 26 avril 1971,
Logo de Bugey-Cobayes, dessin P. Fournier,
Couverture de Charlie-Hebdo du 12 juillet 1971, dessin de Reiser, texte P.Fournier,
Photo: marche de Bugey du 10 juillet 1971 par Christian Weiss,
Photo en bas à droite: Charlie Hebdo du 19 juillet 1971.