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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 14:33

numerisation0201.jpgSuite à Fukushima, nous n'échapperons pas localement et nationalement à un débat sur les choix énergétiques que notre société va devoir faire dans des délais contraints. Avec le profit immédiat, le conformisme ambiant, l'idéologie du "toujours plus" et d'un progrès supposé qui n'aurait obligatoirement qu'un modèle, je crains le pire. N'empêche qu'il faut se battre, même si nous ne sommes pas à armes égales avec les nucléocrates, n'oublions pas que leur modèle de société a des pieds d'argile si bien que tout peut basculer à chaque instant. Reste à savoir à quel moment et dans quel état nous serons alors à la fois d’un point de vue social et environnemental ? Devrons-nous gérer une survie pathétique ou une vie acceptable restera-t-elle encore possible pour la construction d’autre chose ?

 

Comme prévu j’inscris la période actuelle et celle à venir dans une histoire déjà vécue et écrite à savoir celle de l’Ecologie politique et de ses luttes emblématiques. Je le fais non pas par nostalgie, cela ne sert à rien, mais par la nécessité de nous saisir de notre patrimoine, de notre histoire et de nos acquis. La mémoire n'est pas un devoir mais une nécessité et non une nostalgie comme dit François Maspero. Si je le cite souvent c’est parce que je suis convaincu que tout comme les individus, les organisations et les courants de pensée, pour aller de l’avant, ont besoin de s’appuyer sur leur histoire et sans la réécrire, afin de ne pas sans arrêt à avoir à la reproduire ou pire à la singer. Si je le fais c’est que durant vingt ans avec l’Agence de Presse Réhabilitation Ecologique et Ecologie je fus avec tous mes collaborateurs à la fois un acteur et un témoin privilégié de la construction de cette histoire qui loin de nous gêner aujourd’hui nous rend plus forts et dans nos convictions et dans l’argumentaire à développer à la fois pour lutter et pour convaincre. L’intérêt de s’appuyer sur la presse écolo de l’époque c’est que nous sommes en direct au cœur de l’évènement et du ressenti d’alors.

 

Voici l’éditorial du numéro 371 d’Ecologie de mai 1986, le numéro du juste après Tchernobyl. En 1979, le journal avait déjà connu Three Mile Island, mais là avecnumérisation0193 Tchernobyl, c’était pire, même si au moment de la publication de ce numéro on ne mesurait pas encore l’étendu des dégâts. Dans un prochain article je présenterai le contenu du journal que dans l’urgence nous avions dû modifier. Avant l’accident notre grande information c’était l’ouverture d’Ecologie à la francophonie par des accords de rapprochement entre notre rédaction et l’Ecologie politique belge, ce que l’actualité a forcément passé au second plan.   

 

 

LA ROULETTE RUSSE                

numérisation0176"On bouclait le journal. On était tout à la joie de vous annoncer la dimension prise par ECOLOGIE : les premiers pas avec une équipe rédactionnelle belge pour faire de celui-ci un journal écologiste francophone. Et puis l’annonce de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl a assombri notre plaisir, nous jetant sans préavis dans une actualité que nous redoutions d’avoir un jour à relater.

 

Pour nous, c’est l’horreur. Rien à voir avec la réjouissance dont Gérard Dupuy, éditorialiste de « Libération », gratifie les écologistes. Faut-il être tordu, alambiqué et handicapé moral pour le penser et l’écrire.

 

P1100300La colère, une violente colère, vous savez, de ces colères qui viennent de loin parce que refoulées inconsciemment depuis longtemps, éclate. L’insupportable a ses limites. La télé soviétique distille en trois mots la catastrophe. Comprenne qui pourra. Les télévisions occidentales remplissent leurs plateaux plus éminents les uns que les autres, redondants d’explications, justifiant leurs qualités d’experts. Experts en quoi au juste ? Techniciens aux ordres, ils ne sont que les faire-valoir des structures nucléaires, se permettent en l’absence de tout contradicteur ou contre-expert d’être juges et partis. La censure soviétique trouve dans ces usurpations et ces avalanches médiatiques de non-dits bavard son pendant occidental. Dans les deux cas, on prend la population pour du bétail. La censure et la désinformation sont les deux faces du même miroir et la duperie est de faire croire qu’elles n’existent que chez l’autre. Et cocorico la France, deuxième programme nucléaire mondial, y va de sa science. On est les meilleurs. Et lors de prestations radiotélévisées récentes, coup de chapeau des nucléocrates – ne disons plus experts – aux écologistes qui grâce « à leurs revendications, font que la France dispose d’un luxe de sécurité ». Et oui, vous avez bien lu. Parions alors que, lorsque l’accident si improbable se produira, ce sera de la responsabilité des écologistes qui n’auront pas été assez revendicatifs.

 

Sans attendre cette suprême condamnation, déjà on se plaît à marginaliser les écologistes. On cherche à les réduire politiquement, et un Serge July – « encore Libération » - y va de son analyse pour ne plus voir d’avenir aux écologistes. Trop politique le bonhomme, pour oublier des pans entiers d’éléments entraînant les conclusions faciles qu’il colporte. Donc, il désinforme. Normal d’ailleurs : homme de média branché, il se doit d’aller dans le sens de ceux qui font la mode, s’y soumet et fait le domestique. Il véhicule l’éphémère, séducteur des girouettes de toutes les modes et surtout de la dernière. Mais au regard de l’actualité – mais pas n’importe laquelle, celle qui fait l’histoire et la réalité de notre époque – son discours prend une résonnance particulière. L’écologie est passée de mode, dit-il, il l’écrit, l’imprime, le diffuse, alors que jamais celle-ci n’a été aussi présente et dans le quotidien et dans le devenir du monde. Parce que, ne lui en déplaise, les pluies acides, la nitrification de l’eau, la disparition des espèces, le nucléaire et ses poisons, la déforestation et la désertification, les numerisation0204.jpgdéséquilibres Nord-Sud ne sont malheureusement pas éphémères, et courent plus vite que les modes de July et de ses adeptes. Qu’il prenne garde, le July, qu’un jour la mode ne le crache pas comme un noyau.

 

Ah les écolos, comme on aimerait qu’ils soient ringards et au placard de l’histoire ! C’est assez de les entendre jouer les Cassandres, et qu’il est assommant d’être sans cesse et de manière accélérée confronté à toujours plus de catastrophes écologiques. La société n’aime pas être contredite, même si elle a tort ; dans ce cas elle réduit les Cassandres. Mais le paradoxe d’aujourd’hui, c’est que dans une société qui sacrifie ô combien à la communication, on n’entende des écologistes que la mauvaise conscience collective. On ne les entend pas quand ils imaginent, quand ils proposent, quand ils concrétisent d’autres fonctionnements, d’autres gestions de notre capital naturel, d’autres relations dans la société. Les catastrophes, ce n’est pas eux. Ils ne sont pour rien dans cette relation sado masochiste que les décideurs de tout poil entretiennent avec les valeurs qu’ils défendent jusqu’à la perversité d’imposer des technologies aux retombées non mesurables et toujours plus incontrôlables. Goût morbide du risque travesti en « aventure humaine », embarquant dans la galère l’humanité entière. Pseudonumerisation0191.jpg progrès qui, d’un jour à l’autre, peut nous expédier tous quelques milliers d’années en arrière, à la case départ !

 

Le beau voyage !

 

Merci Monsieur l’expert, Monsieur le technocrate’, Monsieur le politicien, Monsieur l’économiste, Monsieur le communicateur ! Merci pour tout.

 

Paradoxe aussi de ne réduire la sécurité qu’aux voyous de droit commun et extrémistes poseurs de bombes. Sécurité considérablement simplifiée et démagogique, même si les agresseurs ne doivent pas rester dans l’impunité. Sécurité au rabais, à la mesure de la médiocrité ambiante. Le droit commun, le terrorisme sont aussi politiques, économiques, technocratiques, industriels, sociaux et culturels. Insécurité qui débouche sur l’avenir incertain de l’eau, de l’air, de la terre, de la flore, de la faune et au bout de la chaîne, de l’homme. La roulette russe du nucléaire imposée aux populations ne fait-elle pas partie de l’insécurité ?

 

Si les écologistes ne font pas toujours recette, ils n’ont pas à s’effacer dans l’anonymat des rassemblements grégaires. Mieux, ils ont à cultiver leur identité et affirmer le positif de leur personnalité et de leur démarche."

 

numérisation0192  ECOLOGIE n° 371 mai 1986

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Publié par BURGUNDER Jean-Luc - dans Ecologie
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  • : Au-delà de mes opinions écologistes et de mon engagement depuis 1970, je suis libre de ma pensée et un citoyen comme les autres. J'ai mes certitudes, mes doutes, mes questionnements, mes coups de cœur, mes espoirs, mes colères et une curiosité toujours en éveil. De plus, sur ce blog, je ne me limite pas à la politique institutionnelle mais élargi ce périmètre à toutes les dimensions de la vie. La politique n’est-elle pas la vie de la citée ?
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Edward Hopper

L'expo est terminée, les oeuvres restent....numérisation0781

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PUSSY RIOT, RESTONS MOBILISES JUSQU'A LEUR LIBERATION

 

Nadejda Tolokonnikova (22 ans), Ekaterina Samoutsevitch (29 ans), et Maria Alekhina (24 ans), quasiment inconnues jusqu'alors, ont été condamnées le 17 août 2012 à deux ans de détention en camp pour «hooliganisme» et «incitation à la haine religieuse» pour avoir chanté en février, encagoulées, avec guitares et sonorisation, une «prière punk» d'une minute trente dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou, demandant à la Sainte Vierge de «chasser Poutine». Cinq des dix chanteuses du Groupe Pussy Riot ont pris part à l'action, trois ont été arrêtées, les deux autres sont en fuite... Elles ont fait appel du jugement. Les artistes français sont restés d'une discrétion étonnante.

 

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Nadejda Tolokonnikova

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VIème République, 1980 une idée part, 2012 une idée...

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C'est au "Club de la Presse" d'Europe 1, le 30 novembre 1980, que Brice Lalonde, candidat aux présidentielles de 1981 de l'ensemble des écologistes, demande un changement de Constitution et le passage à une VIème République. Depuis 32 ans les écologistes n'ont eu de cesse de réclamer cette nouvelle Constitution. Aujourd'hui, après nous avoir raillés durant trois décennies, il y a tous ceux qui défilent en appellant de leurs souhaits l'avènement de cette fameuse VIème, comme quoi au bout de tout ce temps la victoire des idées nous revient. Ci-dessus la couverture d'ECOLOGIE n°333 de janvier 1980 (journal que j'animais). Pour en savoir plus sur ce blog, allez à mars 2007, bonne lecture.

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Prendre l'air...

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L'info d'hier et d'aujourd'hui

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En 1970, l’information militante écologiste ne passe pas, c’est le blocage dans les médias nationaux et plus encore régionaux. Outre le mépris de cette « grande presse », la communication et la liaison entre la multitude des groupes écologistes sont inexistantes à l’exception des écrits et des notes de Pierre Fournier dans Charlie Hebdo et des bonnes adresses dans le mensuel Actuel.

 

Le « Tout passe » est la formule clé qui fait toute l’originalité de l’APRE. L’équipe technique de Montargis se contente alors de rassembler les informations envoyées par les groupes ou individus, de les classer, les présenter, les envoyer aux abonnés et à l’ensemble de la presse. « Tout Passe », même parfois les réflexions les plus saugrenues, mais l’APRE est un lieu d’expression ouvert à tous, sans exclusive idéologique, culturelle ou spirituelle, sans qu’aucune sélection ne soit opérée. Avec les moyens de l’époque, nous étions déjà dans la démarche et l’esprit des réseaux sociaux d’aujourd’hui, la technologie en moins.

 

Le projet n’est pas journalistique. Le rôle assigné à cette Agence de Presse est de collecter toute information touchant à l’écologie, aussi bien celles militantes que celles du domaine scientifique. Les sources proviennent de tout groupe ou mouvement, de toute association ou personne, intéressés par une diffusion et une circulation plus large de l’information écologique. Il s’agit alors de transmettre toutes les informations réunies, seule liaison hebdomadaire au service des militants et pour sensibiliser les grands médias à l’écologie dont ils ne parlent jamais. Il faut dire que tous les grands journaux et autres médias (radios, télés) sont destinataires d’un ou plusieurs exemplaires gratuits pour des journalistes ciblés Ces services de presse gratuits sont considérés comme un acte militant. De même, toutes les informations insérées dans le bulletin sont gratuites, et seul le montant des abonnements permet au bulletin de l’APRE d’être publié et expédié chaque semaine.

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Le numéro d'avril 1979 d'ECOLOGIE annonce à sa " une" l'accident nucléaire de Three Mile Island, et également Europe Ecologie qui annonce sa candidature aux élections européennes du mois de juin. Les Ecologistes ont obtenu 7,4% aux élections cantonales.

 

Le numéro de mai 1986, c'est la catastrophe de Tchernobyl en URSS. Aujourd'hui c'est Fukushima au Japon. L'actualité d'hier ne cesse de rattraper celle d'aujourd'hui. C'est pourquoi , alors que de 1973 à 1992, durant 20 ans, j'ai créé et animé des structures d'éditions, de production et de diffusion de la presse écologiste (Agence Presse Ecologie et Ecologie), 462 numéros parus, 30 dossiers et livres thématiques dont le premier ouvrage généraliste sur l'énergie solaire en France (1976), j'ai décidé de réouvrir cette presse et vous en faire partager les bons morceaux, non pas par nostalgie, mais simplement pour comparer et faire ressurgir ce qui fut un investissement financier important, un réseaux de compétences, de talents, d'intelligence collective et de solidarité. C'est incroyable ce que pour l'écologie, l'actualité d'aujourd'hui colle à celle d'hier. C'est pourquoi lorsque l'information le justifiera,  je vous livrerai des illustrations ou des articles parus durant ces 20 ans de l'APRE et d'ECOLOGIE. Vous serez surpris.

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