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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 00:03

L'AVENIR RADIEUX DE L'ELECTRONUCLEAIRE...

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"La mort des passagers de Challenger et l'accident de Tchernobyl ont ravivé maintes angoisses, rappelant cruellement à l'humanité qu'elle ne maîtrise pas encore les forces fantastiques auxquelles elle a donné vie, qu'elle n'a pas encore réussi à les mettre au service du progrès", déclarait Mikhaïl Gorbatchev dans son discours télévisé du 18 août 1986. En trente cinq ans de développement de l'électronucléaire en Union Soviétique, c'était la première fois que l'on entendait publiquement un commentaire d'une telle lucidité au sujet des applications civiles du nucléaire.

 

bp4vNéanmoins, pour tirer les leçons du passé, il faut se souvenir que, durant plus de trois longues décennies, les scientifiques soviétiques ont à maintes reprises, dans la presse, à la radio, à la télévision, délivré un message tout différent. L'atome civil a été présenté au grand public comme la panacée, absolument sûr, fiable et propre du point de vue écologique, et les discours sur la sûreté nucléaire étaient de véritables panégyriques.

 

Ainsi, l'académicien Styrikovitch proclama en 1980, dans la revue Ogoniokque les centrales nucléaires étaient des astres au firmament du progrès et que le gouvernement en parsèmerait toute l'Union Soviétique. En toute sûreté. C'est ce qui s'est passé.

 

"Les réacteurs nucléaires sont de simples chaudières et leur personnel d'exploitation, des chauffeurs", expliquait en simplifiant N. M. Siniev, Vice-Président du Comité d'Etat à l'utilisation de l'énergie atomique dans un ouvrage destiné au grand public.

 

Il s'agissait là d'une position confortable à tous points de vue. Tout d'abord, elle rassurait l'opinion publique. Ensuite,numérisation0434 elle permettait d'aligner les salaires versés au personnel des centrales nucléaires sur ceux du personnel des centrales thermiques ou, dans certains cas, de lui verser des salaires inférieurs. Puisque c'était si sûr et si simple, on pouvait économiser sur les rémunérations.  Ainsi, au début des années 80, les salaires versés dans les centrales thermiques ont-ils commencé à dépasser ceux des centrales nucléaires.

 

Mais revenons aux déclarations résolument optimistes sur la sûreté absolue des centrales nucléaires : "Très dangereux potentiellement, les déchets nucléaires sont en réalité si compacts qu'ils peuvent être stockés dans des endroits isolés du milieu ambiant", écrivait O. D. Kazatchkosky, directeur de l'Institut de physique de l'énergie dans la Pravda du 25 juin 1984. Notons que lorsque l'explosion de Tchernobyl a retenti, ces endroits n'existaient pas. Durant la décennie précédente, aucune installation du stockage du combustible irradié n'avait été mise en place, et, après l'accident, il a fallu en construire une près de la tranche endommagée, dans des conditions de rayonnement terribles, non sans entraîner une forte irradiation de l'équipe du chantier.

 

Un mois plus tard, l'académicien A. Cheidline affirmait dans le Litteratournaia Gazeta : "C'est avec un grand plaisir que nous apprenons une réussite remarquable : la mise en service d'une quatrième tranche d'une capacité d'un million de KW à la centrale électronucléaire Lénine, à Tchernobyl". En réponse à un journaliste qui craignait que l'agrandissement de cette centrale n'inquiétât la population, Cheidline écrivit : " Ces réactions sont très émotionnelles. Les centrales nucléaires de notre pays sont sans aucun danger pour la population de leurs environs. In'y a absolument aucune raison de s'inquiéter".

bpx.jpgSalle de contrôle du réacteur n°4 où fut commise une série d'erreurs fatales  qui ont déclenché la fusion du réacteur

Photo: Gerd Ludwig/Institut.. 

La propagande en faveur de la sûreté des centrales avait un chantre particulièrement actif en la personne de A. Pétrossiants, président du Comité d'Etat pour l'utilisation de l'énergie nucléaire. Ainsi, 14 ans avant l'accident de Tchernobyl il écrit : "Il est impossible de ne pas admettre qu'un avenir radieux s'ouvre à l'électronucléaire..." Il met en avant l'indépendance de la source de matière première (l'uranium) tout en s'inquiétant pour l'avenir (au-delà de l'an 2000) de savoir si les réserves en uranium seraient suffisantes. Il dit encore, dans une conclusion rassurante : "les centrales sont des sources d'énergie propre et n'augmentent pas la pollution de l'environnement", tout en passant sous silence ce qu'il savait de la pollution engendrée par les déchets radioactifs des centrales nucléaires.

 

bp30vCe n'était pas la sûreté des centrales nucléaires, mais la rationalisation de l'utilisation du combustible qui le préoccupait. Plus loin, il poursuit : "Le scepticisme et l'incrédulité qui persistent au sujet des centrales nucléaires sont dus à une peur exagérée du danger d'irradiation pour le personnel d'exploitation et, surtout, pour les populations environnantes... L'exploitation des centrales nucléaires, tant en URSS qu'à l'étranger, aux Etats-Unis, en Angleterre, en France, au Canada, en Italie, au Japon, en RDA et en RFA témoigne d'une sûreté absolue, lorsque les modes d'exploitation prescrits et les règles impératives sont respectés. En outre, on peut se demander, des centrales atomiques et des centrales au charbon, lesquelles sont les plus nocives pour l'organisme humain et pour l'environnement". Pourtant, Pétrossiants ne pouvait ignorer que depuis sa mise en service en 1964 la première tranche de la centrale de Bieloïarsk n'a cessé de connaître des incidents dont les réparations s'accompagnaient d'une forte irradiation du personnel d'exploitation. Cet épisode radioactif a duré de façon pratiquement ininterrompue pendant quinze ans. En 1977, la seconde tranche de cette centrale a connu de graves problèmes suivis d'une réparation de près d'une année. Le personnel de la centrale rapidement irradié a du être remplacé par des employés venant d'autres centrales pour poursuivre des travaux de réparation en dépit de la radioactivité. Pétrossiants ne pouvait non plus ignorer que dans la ville de Melekess, des déchets de haute intensité radioactive sont évacués dans des puits creusés dans des couches géologiques profondes ; que par ailleurs, les centrales atomiques anglaises de Windscale (qui fut également accidentée), Winfrith et Dounreay rejettent leurs déchets radioactifs dans la mer d'Irlande depuis quinze ans. Et Medvedev de poursuivre : "on pourrait allonger la liste".

 

Concernant le niveau de rayonnement aux alentours des centrales de Bieloïarsk et de Novo-Voronej, Pétrossiantsbp22v déclare : "Un niveau satisfaisant et valable pour toutes les centrales soviétiques. On peut en dire autant pour les centrales des autres pays" faisant preuve d'une solidarité corporatiste avec les compagnies électronucléaires étrangères. Le même Pétrossiants, lors d'une conférence de presse tenue à Moscou le 6 mai 86 au sujet de Tchernobyl, étonna les journalistes en déclarant : "Que la science exigeait des victimes".                                                       

 

Il est temps de signaler que l'optimisme et la foi de ces "nucléocrates" n'ont jamais été partagés par les agents des centrales nucléaires, c'est-à-dire par ceux qui avaient directement affaire à l'atome civil, jour après jour, sur leur lieu de travail et non dans le calme confortable d'un bureau ou d'un laboratoire. Pour cause !  Moi-même ayant travaillé de nombreuses années à la construction, à l'installation et à l'exploitation de centrales nucléaires, nous connaissions parfaitement leur degré de fiabilité. Pour nous, la situation se résumait ainsi : nous marchions sur un fil et n'étions qu'à un cheveu de l'accident ou de la catastrophe. A la nouvelle de l'accident de Three Mile Island en Pennsylvanie, notre réaction a été simple : cela devait arriver tôt ou tard et cela pouvait arriver chez nous. Le secret absolu était de rigueur. On ne transmet les mauvaises nouvelles qu'aux échelons supérieurs de la hiérarchie et on les tronque pour les échelons inférieurs. 

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Cancers de la thyroïde, Oleg Shapiro, 54 ans liquidateur et Dima Bogdanovich 13 ans victime des retombées.

Photo; Gerd Ludwig/Institut

 

Pas plus que mes collègues travaillant à l'exploitation des centrales je ne disposais d'information complète sur l'accident américain, néanmoins le peu que nous savions donna lieu à des commentaires sur la nocivité des rayonnements si, par malheur, ils échappent au contrôle de l'homme. Nous pensions qu'il était nécessaire d'informer le grand public de ces questions. Hélas, à cette époque, il était tout simplement inimaginable de mettre en oeuvre un programme d'information dans ce sens sans contredire la propagande officielle sur la sûreté absolue des centrales nucléaires. Je décidai alors d'agir seul (voir ...).

 

Ne précipitons pas les évènements, la sérennité régnait dans les milieux scientifiques, et dès que la voix du bon sens s'élevait pour dire que les centrales pouvaient présenter un danger pour l'environnement, on criait haro et on invoquait l'autorité de la science... En 1974, à l'assemblée générale annuelle de l'Académie des Sciences, l'académicien A.P.Alexandrov fit cette déclaration : "On nous reproche les dangers de l'électronucléaire, les risques de pollution radioactive de l'environnement... mais, camarades, en cas de guerre nucléaire, quel genre de pollution aurions-nous?". Imparable !

bp27v.jpgPhoto; Gerd Ludwig/Institut

 

Dix ans plus tard, c'est-à-dire un an avant Tchernobyl, lors d'une réunion du Parti au Ministère de l'énergie, le même A.P. Alexandrov remarquait d'un ton grave : "qu'il fallait prier le ciel de préserver l'Union Soviétique d'un accident semblable à celui de Three Mile Island".  Durant ces dix ans, il s'était passé beaucoup de choses dans le domaine de l'électronucléaire : des incidents graves, des accidents, la puissance des centrales avait atteint des chiffres inégalés auparavant. La notion de prestige revenait constamment, et le sens des responsabilités des spécialistes de l'atome s'était amoindri si l'on peut dire. Mais d'où auraient-ils tiré ce sens des responsabilités alors que les centrales étaient si sûres et si simples ?

 

Durant ces années, le personnel des centrales nucléaires avait changé en raison d'une brusque pénurie d'opérateurs. Au début, seuls des enthousiastes passionnés par l'électronucléaire travaillaient dans ce domaine. Par la suite, un monde mêlé a commencé à affluer. Évidemment, ce qui les attirait avant tout ce n'était pas les hauts salaires, mais le prestige. Ils avaient envie de faire partie du petit club nucléaire. Combien de fois n'avait-on pas répété que c'était sans danger ?

 

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Le 26 avril, veillée de minuit au Monument des victimes à Kiev (Ukraine) Photo; Gerd Ludwig/Institut

 

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Publié par BURGUNDER Jean-Luc - dans Ecologie
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L'expo est terminée, les oeuvres restent....numérisation0781

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PUSSY RIOT, RESTONS MOBILISES JUSQU'A LEUR LIBERATION

 

Nadejda Tolokonnikova (22 ans), Ekaterina Samoutsevitch (29 ans), et Maria Alekhina (24 ans), quasiment inconnues jusqu'alors, ont été condamnées le 17 août 2012 à deux ans de détention en camp pour «hooliganisme» et «incitation à la haine religieuse» pour avoir chanté en février, encagoulées, avec guitares et sonorisation, une «prière punk» d'une minute trente dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou, demandant à la Sainte Vierge de «chasser Poutine». Cinq des dix chanteuses du Groupe Pussy Riot ont pris part à l'action, trois ont été arrêtées, les deux autres sont en fuite... Elles ont fait appel du jugement. Les artistes français sont restés d'une discrétion étonnante.

 

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VIème République, 1980 une idée part, 2012 une idée...

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C'est au "Club de la Presse" d'Europe 1, le 30 novembre 1980, que Brice Lalonde, candidat aux présidentielles de 1981 de l'ensemble des écologistes, demande un changement de Constitution et le passage à une VIème République. Depuis 32 ans les écologistes n'ont eu de cesse de réclamer cette nouvelle Constitution. Aujourd'hui, après nous avoir raillés durant trois décennies, il y a tous ceux qui défilent en appellant de leurs souhaits l'avènement de cette fameuse VIème, comme quoi au bout de tout ce temps la victoire des idées nous revient. Ci-dessus la couverture d'ECOLOGIE n°333 de janvier 1980 (journal que j'animais). Pour en savoir plus sur ce blog, allez à mars 2007, bonne lecture.

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Prendre l'air...

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L'info d'hier et d'aujourd'hui

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En 1970, l’information militante écologiste ne passe pas, c’est le blocage dans les médias nationaux et plus encore régionaux. Outre le mépris de cette « grande presse », la communication et la liaison entre la multitude des groupes écologistes sont inexistantes à l’exception des écrits et des notes de Pierre Fournier dans Charlie Hebdo et des bonnes adresses dans le mensuel Actuel.

 

Le « Tout passe » est la formule clé qui fait toute l’originalité de l’APRE. L’équipe technique de Montargis se contente alors de rassembler les informations envoyées par les groupes ou individus, de les classer, les présenter, les envoyer aux abonnés et à l’ensemble de la presse. « Tout Passe », même parfois les réflexions les plus saugrenues, mais l’APRE est un lieu d’expression ouvert à tous, sans exclusive idéologique, culturelle ou spirituelle, sans qu’aucune sélection ne soit opérée. Avec les moyens de l’époque, nous étions déjà dans la démarche et l’esprit des réseaux sociaux d’aujourd’hui, la technologie en moins.

 

Le projet n’est pas journalistique. Le rôle assigné à cette Agence de Presse est de collecter toute information touchant à l’écologie, aussi bien celles militantes que celles du domaine scientifique. Les sources proviennent de tout groupe ou mouvement, de toute association ou personne, intéressés par une diffusion et une circulation plus large de l’information écologique. Il s’agit alors de transmettre toutes les informations réunies, seule liaison hebdomadaire au service des militants et pour sensibiliser les grands médias à l’écologie dont ils ne parlent jamais. Il faut dire que tous les grands journaux et autres médias (radios, télés) sont destinataires d’un ou plusieurs exemplaires gratuits pour des journalistes ciblés Ces services de presse gratuits sont considérés comme un acte militant. De même, toutes les informations insérées dans le bulletin sont gratuites, et seul le montant des abonnements permet au bulletin de l’APRE d’être publié et expédié chaque semaine.

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Le numéro d'avril 1979 d'ECOLOGIE annonce à sa " une" l'accident nucléaire de Three Mile Island, et également Europe Ecologie qui annonce sa candidature aux élections européennes du mois de juin. Les Ecologistes ont obtenu 7,4% aux élections cantonales.

 

Le numéro de mai 1986, c'est la catastrophe de Tchernobyl en URSS. Aujourd'hui c'est Fukushima au Japon. L'actualité d'hier ne cesse de rattraper celle d'aujourd'hui. C'est pourquoi , alors que de 1973 à 1992, durant 20 ans, j'ai créé et animé des structures d'éditions, de production et de diffusion de la presse écologiste (Agence Presse Ecologie et Ecologie), 462 numéros parus, 30 dossiers et livres thématiques dont le premier ouvrage généraliste sur l'énergie solaire en France (1976), j'ai décidé de réouvrir cette presse et vous en faire partager les bons morceaux, non pas par nostalgie, mais simplement pour comparer et faire ressurgir ce qui fut un investissement financier important, un réseaux de compétences, de talents, d'intelligence collective et de solidarité. C'est incroyable ce que pour l'écologie, l'actualité d'aujourd'hui colle à celle d'hier. C'est pourquoi lorsque l'information le justifiera,  je vous livrerai des illustrations ou des articles parus durant ces 20 ans de l'APRE et d'ECOLOGIE. Vous serez surpris.

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2012-08-06 Bretagne 5 022