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11 juin 2011 6 11 /06 /juin /2011 10:20

DU 20 JUIN 1987 AU 11 JUIN 2011

 

100px-TepcoNucléaire, en ce printemps 2011, l’actualité est chargée…de radioactivité. Alors qu'à Fukushima au Japon, personne (ni TEPCO, ni le Gouvernement) n’est capable de dire au jour le jour, les choses telles qu'elles sont, et que pudiquement on pose des bâches sur les réacteurs afin de « stopper » la prolifération de la radioactivité, tu parles ! On embauche aussi des « liquidateurs » à 3500€ la journée pour faire le sale boulot, un boulot à crever. Aujourd’hui ils sont 600, à Tchernobyl, souvenez-vous il en avait fallu entre 550 et 600 000. Un champ de bataille incroyable et contre un ennemi invisible. Chacun a obtenu une médaille, une belle affaire compte tenu de leur vie perdue ou de leur état de santé ou de celle de leurs descendants à ce jour. Au fait, il manque 600 millions d’€uros d’après l’Ukraine pour terminer le second sarcophage de Tchernobyl. C’est donc en pleine crise nucléaire autour de Fukushima que nous nous sommes souvenu de ce triste jour du 26 avril 1986 et de l'accident nucléaire soviétique.  Décidément le printemps n’aime pas l’atome puisque l’accident de Three Miles Island aux USA a eu lieu le 28 mars 1979. Le « positif » de cet accident, c’est d’abord que ses conséquences pour lesphoto_1307791550560-1-0.jpg personnes et l’environnement furent bien moindre que les deux autres, et surtout qu’il a stoppé le programme nucléaire civil américain.

La réalité des conséquences de l’accident de Fukushima nous est livrée par les autorités nipponnes au goutte à goutte. Ainsi aujourd'hui 11 juin 2011 il est reconnu (enfin) que les réacteurs 1, 2 et 3 avaient bien fondu peu après le tremblement de terre (on le savait déjà). Ce 11 juin, soit trois mois après le tremblement de terre et de la catastrophe qui a suivi et qui reste encore devant nous, tous les anti-nucléaires sont solidaires des japonnais. Le chef de leur gouvernement vient de réaffirmer l'attachement du Japon à cette énergie. Dommage parce que si cela continue c'est le nucléaire civil qui aura la peau du Japon et même au-delà...    

 

numérisation0175Comme je l’ai annoncé dans la rubrique « l’info d’hier et d’aujourd’hui », (voir la colonne de droite du blog) je vous propose de visiter l’histoire de l’Ecologie politique à partir de ce qui fut publié dans l’actualité d’hier. Actualité qui résonne toujours très fort aujourd’hui. Ci-dessous l'article paru dans le numéro 380 d'ECOLOGIE-INFOS de Juin 1987 à propos de la marche du 20 juin, la première lancée à l'appel du tout jeune "Réseau pour un avenir sans nucléaire" qui alors vient de naître...

 

Le 20 Juin (1987)

 

Depuis 9 mois, le mouvement anti-nucléaire se cherche et se rassemble. A la suite de la proposition des Verts européens, le « Réseau pour un avenir sans nucléaire » a mis sur pied un premier test : le 20 juin à Paris, une manifestation vise à réunir plusieurs dizaines de milliers d’opposants à la politique énergétique de la France.

 

numerisation0225.jpgQuand l’accident de Tchernobyl survient, le mouvement anti-nucléaire français est au plus bas. Plus de structuration, plus de manifestations, plus d’apparitions publiques… à l’exception de quelques réactions sur les sites lorsque de nouveaux évènements interviennent. Un an plus tard, le contraste est saisissant.

 

En mai 1986, la première initiative d’ampleur est à mettre sur le compte de la C.R.I.I-RAD (Commission régionale indépendante d’information sur la radioactivité). Des gens du milieu scientifique de la Drôme lancent l’idée d’une station de mesure indépendante de la radioactivité à la suite des mensonges des structures officielles. Très rapidement, une collecte est organisée, et, sans plus attendre, grâce à un emprunt bancaire, le laboratoire de mesure est mis en route. Un an après, l’association compte plus de mille adhérents, a fait des centaines de mesures dans toute la France, a permis d’avertir le consommateur sur les dangers du thym, de certains fromages et de certaines viandes (2).

 

Ce travail sur le quotidien a permis d’enfoncer le clou dans les fissures apparues dans l’opinion à la suite de Tchernobyl. Les sondages sont éloquents. De ces derniers, il ressort, pour la France, que si l’on pouvait faire autrement, entre 70 et 80% des gens sont près à s’opposer au nucléaire… Oui, mais la plupart des gens pense que l’on ne peut pas faire autrement.

 

En octobre 1986, profitant de la tenue à Cannes d’une conférence mondiale pour l’énergie, différents groupes écologistes (3) organisent une contre-conférence où est exposée une démonstration chiffrée des possibilités de sortie du nucléaire. Cette contre-conférence qui ne rassemble (en semaine) qu’une centaine de participants permettre d’avoir un document de grande valeur pour argumenter sur les alternatives possibles (CAP).

 

En novembre 1986, à l’initiative du Comité Malville et de Didier Anger, une réunion se tient à Paris pour essayer de coordonner les initiatives qui commencent à partir dans tous les sens. Ainsi nait le Réseau pour un avenir sans nucléaire », qui, pour la première fois, rassemble les composantes du mouvement à travers des individus venant de tous bords (scientifiques, militants de sites, politiques…). Après discussion, le réseau prend l’initiative d’organiser une première mobilisation en deux étapes :

-      Des actions décentralisées dans le maximum de lieux autour de la date anniversaire de Tchernobyl, 

-      Un rassemblement soutenu par des groupes européens le 20 juin  à Paris.

 

Une multitude d’initiatives

 

numerisation0223.jpgDans de nombreuses villes de France, autour de la semaine du 25 avril, des conférences-débats sur le nucléaire se sont ainsi tenues. On a pu y compter jusqu’à 300 personnes sur les futurs lieux de stockage des déchets nucléaires (en particulier au nord de l’Ain et en Vendée). Des manifestations ont rassemblé au total près de 10000 personnes sur l’ensemble de la France (5000 à Thionville, 500 à Paris, 200 à Golfech, 200 à Bourg en Bresse, etc…) La C.R.I.I.R.A.D. a fait de multiples conférences, de même que des membres du G.S.I.E.N.(Groupement des scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire)… Des livres ont été publiés : (Crépuscule des atomes) par Louis Puiseux, ancien conseiller économique à EDF, Silence on contamine » de Didier Anger un des porte-parole du Réseau. Des brochures sont sorties, dont la plus remarquée est le numéro spécial du journal « Que choisir ? » épuisé en quelques jours dans les kiosques.

 

D’un mouvement en pleine déconfiture, on se retrouve aujourd’hui avec un mouvement en convalescence… Convalescence car les têtes ne sont pas tellement nouvelles et si les sondages montrent un regain d’intérêt des jeunes pour le problème (selon un sondage de « La Vie » de début 1987), le nucléaire arrive même en tête des préoccupations des jeunes lycéens et étudiants devant le racisme !. Le problème nucléaire ne s’appuie pas encore aujourd’hui sur une base sociale.

 

Le test du 20 juin

 

Le 20 juin sera le premier test en grandeur nature sur la capacité du Réseau à intéresser les gens. Le programme nucléaire , déjà bien malade (20 centrales à l’arrêt début mai, essentiellement pour des problèmes de fuites) pourrait se voir opposer une opinion publique de plus en plus persuadée que le nucléaire n’est pas indispensable.

 

Pour éviter l’écueil de la « manifestation –traîne savate », celle-ci sera sonorisée avec des groupes de musique et se poursuivra en soirée par une fête avec stands, prise de parole et musique pour permettre aux gens de discuter, de se rencontrer, de faire des projets (5)… Enfin, pour essayer de faire progresser les idées, le dimanche 21, une conférence se tiendra avec les délégations étrangères pour faire le point autour des alternatives au nucléaire. Si cette manifestation est un succès, le Réseau devrait très vite se structurer, s’amplifier pour mettre en place une nouvelle campagne autour d’une date stratégique : le 25 avril 1988, deuxième anniversaire de l’accident de Tchernobyl, 35 millions de Français et Françaises sont appelés auxnumerisation0218.jpg urnes pour choisir leur futur président

 

Michel BERNARD

 

1 le thym s’est avéré être un accumulateur de radioactivité extraordinaire, il peut contenir actuellement jusqu’à 20000 becquerels par kg. Des agneaux de la Drôme ont été mesurés avec plus de 1000 becquerels par kg en particulier au niveau des rognons. Certains fromages (de chèvre en particulier) contiennent également une forte radioactivité. La limite de commercialisation est fixée théoriquement en France à 600 becquerels par kg… mais pas un seul agneau, pas un seul brin de thym n’a été retiré du commerce

 

2 Verts, Amis de la Terre, Greenpeace, GED, Wise, GSIEN, Espace Ecologie...

 

Note du blog: les autres notes ont été supprimées parceque donnant des adresses ou des prix obsolètes aujourd'hui. 

Photos en bas à droite: Didier Foubert

Dessins: Carlos extraits du numéro spécial n°7 d'ECOLOGIE "Surgénérateur comprendre et agir" 

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Publié par BURGUNDER Jean-Luc - dans Ecologie
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Edward Hopper

L'expo est terminée, les oeuvres restent....numérisation0781

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PUSSY RIOT, RESTONS MOBILISES JUSQU'A LEUR LIBERATION

 

Nadejda Tolokonnikova (22 ans), Ekaterina Samoutsevitch (29 ans), et Maria Alekhina (24 ans), quasiment inconnues jusqu'alors, ont été condamnées le 17 août 2012 à deux ans de détention en camp pour «hooliganisme» et «incitation à la haine religieuse» pour avoir chanté en février, encagoulées, avec guitares et sonorisation, une «prière punk» d'une minute trente dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou, demandant à la Sainte Vierge de «chasser Poutine». Cinq des dix chanteuses du Groupe Pussy Riot ont pris part à l'action, trois ont été arrêtées, les deux autres sont en fuite... Elles ont fait appel du jugement. Les artistes français sont restés d'une discrétion étonnante.

 

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Nadejda Tolokonnikova

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VIème République, 1980 une idée part, 2012 une idée...

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C'est au "Club de la Presse" d'Europe 1, le 30 novembre 1980, que Brice Lalonde, candidat aux présidentielles de 1981 de l'ensemble des écologistes, demande un changement de Constitution et le passage à une VIème République. Depuis 32 ans les écologistes n'ont eu de cesse de réclamer cette nouvelle Constitution. Aujourd'hui, après nous avoir raillés durant trois décennies, il y a tous ceux qui défilent en appellant de leurs souhaits l'avènement de cette fameuse VIème, comme quoi au bout de tout ce temps la victoire des idées nous revient. Ci-dessus la couverture d'ECOLOGIE n°333 de janvier 1980 (journal que j'animais). Pour en savoir plus sur ce blog, allez à mars 2007, bonne lecture.

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Prendre l'air...

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L'info d'hier et d'aujourd'hui

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En 1970, l’information militante écologiste ne passe pas, c’est le blocage dans les médias nationaux et plus encore régionaux. Outre le mépris de cette « grande presse », la communication et la liaison entre la multitude des groupes écologistes sont inexistantes à l’exception des écrits et des notes de Pierre Fournier dans Charlie Hebdo et des bonnes adresses dans le mensuel Actuel.

 

Le « Tout passe » est la formule clé qui fait toute l’originalité de l’APRE. L’équipe technique de Montargis se contente alors de rassembler les informations envoyées par les groupes ou individus, de les classer, les présenter, les envoyer aux abonnés et à l’ensemble de la presse. « Tout Passe », même parfois les réflexions les plus saugrenues, mais l’APRE est un lieu d’expression ouvert à tous, sans exclusive idéologique, culturelle ou spirituelle, sans qu’aucune sélection ne soit opérée. Avec les moyens de l’époque, nous étions déjà dans la démarche et l’esprit des réseaux sociaux d’aujourd’hui, la technologie en moins.

 

Le projet n’est pas journalistique. Le rôle assigné à cette Agence de Presse est de collecter toute information touchant à l’écologie, aussi bien celles militantes que celles du domaine scientifique. Les sources proviennent de tout groupe ou mouvement, de toute association ou personne, intéressés par une diffusion et une circulation plus large de l’information écologique. Il s’agit alors de transmettre toutes les informations réunies, seule liaison hebdomadaire au service des militants et pour sensibiliser les grands médias à l’écologie dont ils ne parlent jamais. Il faut dire que tous les grands journaux et autres médias (radios, télés) sont destinataires d’un ou plusieurs exemplaires gratuits pour des journalistes ciblés Ces services de presse gratuits sont considérés comme un acte militant. De même, toutes les informations insérées dans le bulletin sont gratuites, et seul le montant des abonnements permet au bulletin de l’APRE d’être publié et expédié chaque semaine.

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Le numéro d'avril 1979 d'ECOLOGIE annonce à sa " une" l'accident nucléaire de Three Mile Island, et également Europe Ecologie qui annonce sa candidature aux élections européennes du mois de juin. Les Ecologistes ont obtenu 7,4% aux élections cantonales.

 

Le numéro de mai 1986, c'est la catastrophe de Tchernobyl en URSS. Aujourd'hui c'est Fukushima au Japon. L'actualité d'hier ne cesse de rattraper celle d'aujourd'hui. C'est pourquoi , alors que de 1973 à 1992, durant 20 ans, j'ai créé et animé des structures d'éditions, de production et de diffusion de la presse écologiste (Agence Presse Ecologie et Ecologie), 462 numéros parus, 30 dossiers et livres thématiques dont le premier ouvrage généraliste sur l'énergie solaire en France (1976), j'ai décidé de réouvrir cette presse et vous en faire partager les bons morceaux, non pas par nostalgie, mais simplement pour comparer et faire ressurgir ce qui fut un investissement financier important, un réseaux de compétences, de talents, d'intelligence collective et de solidarité. C'est incroyable ce que pour l'écologie, l'actualité d'aujourd'hui colle à celle d'hier. C'est pourquoi lorsque l'information le justifiera,  je vous livrerai des illustrations ou des articles parus durant ces 20 ans de l'APRE et d'ECOLOGIE. Vous serez surpris.

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