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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 10:56

TOUT LE FRIC POUR LE NUCLEAIRE

 

Après Fukushima, peut-on parler de ré-industrialisation sans aborder le problème de l’énergie et non seulement en termes de ressource, mais de développement de filières industrielles et d’emplois ? Cette question interpelle le nucléaire et le pétrole, deux ressources fossiles dont on sait aujourd’hui qu’elles sont limitées en quantité et dans le temps. Pourtant la demande mondiale ne cesse de croître de par la démographie (1,6 milliard d’habitants en 1900, plus de 7 milliards en 2012 et 9 milliards en 2050) et une croissance industrielle et économique massive de l’ensemble des continents.

 

L’indépendance énergétique du nucléaire est un leurre. La France ne possède plus d’uranium si bien que la totalité du minerai nécessaire est importée de l’étranger, particulièrement du Niger et du Gabon où nous l’exploitons avec des conséquences sanitaires désastreuses pour les populations locales. Cela explique la politique Françafrique menée par la France depuis les indépendances, avec la présence de notre armée, les prises d’otages et parfois leur sacrifice dans les courses poursuites avec nos militaires et leurs kidnappeurs.

 

Energie du 20ème siècle, le nucléaire n’est toujours pas la bonne réponse en terme énergétique et industriel pour le 21ème. Production centralisée, le nucléaire est totalitaire. D’abord par le coût de son investissement qui en 40 ans a tari toute diversification des autres sources énergétiques, allant de la recherche au développement de filières industrielles et économiques diversifiées et décentralisées. Filières industrielles bien plus créatrices d’emplois et d’activité que ne l’est le nucléaire. Voilà en quoi le nucléaire nous mène à une impasse industrielle.

 

numerisation0378.jpgTricastin (Drôme) photo: APRE/Pierre Gallocher

 

Totalitaire en imposant comme mode de chauffage un « tout électrique » longtemps vendu au-dessous de son prix de revient mais qui, exploité depuis 2004 par une SA (EDF), coté en bourse ne cesse d’augmenter ses tarifs, avec une prévision de +30% à court terme. Pourtant, pour répondre à l’avis n°2012-AV-0139 de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) du 3 janvier 2012 sur les évaluations complémentaires de la sûreté des installations nucléaires prioritaires au regard de l’accident survenu à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, il va falloir réinvestir : dix milliards selon EDF, montant qui paraît « optimiste » selon l’ASN, sans oublier les dividendes des actionnaires d’EDF. De son côté la Cour des Comptes a estimé le coût de l’ensemble des dépenses du nucléaire civil (recherche, construction, exploitation, usines d’Areva, réacteurs arrêtés…). Ne sont pas pris en compte le coût du démantèlement, celui du recyclage et du stockage des déchets, ce qui est énorme.

 

La première incertitude pointée par la Cour des Comptes concerne le démantèlement qu’elle estime à 22,2 milliards d’euros. Cependant, elle alerte immédiatement : « Ces chiffres doivent être regardés avec précaution, l’expérience en la matière, tant d’EDF (centrales de première génération) que du CEA ou d’Areva, ayant montré que les devis ont très généralement tendance à augmenter quand les opérations se précisent, d’autant plus que les comparaisons internationales donnent des résultats très généralement supérieurs aux estimations d’EDF ». La deuxième incertitude concerne le recyclage des déchets de longue durée. Selon la Cour des Comptes, les provisions pour anticiper des dépenses futures seraient basées sur un rapport de l’ANDRA datant de 2003. Les conclusions de ce rapport sont dépassées puisque les 15 milliards deviennent 35 milliards : « Il y a donc un doute manifeste sur le bon niveau des provisions d’EDF, d’Areva et du CEA » écrit la Cour. Elle recommande « que soit fixé rapidement le devis sur le coût de stockage géologique profond de la manière la plus réaliste possible, c’est-à-dire en tenant compte des résultats des recherches menées sur ce sujet, mais sans anticiper sur le résultat ».

 

Pour la gestion des déchets, la Cour des Comptes estime qu’un autre scénario doit être envisagé que celui qui verrait les combustibles usés (type MOX) ne pas pouvoir être retraités contrairement à ce qu’espèrent les entreprises du secteur. Dans ce cas : « il faudrait alors stocker en très grande profondeur ces déchets hautement dangereux », hypothèse qui n’a jamais été chiffrée. Le journal La Tribune s’alarme : « le mythe du recyclage continue de s’effondrer ».

  

La troisième incertitude suite à la catastrophe de Fukushima, concernant l’introduction des diverses opérations de remise à niveau du type couverture de cuve, générateur de vapeur (22 réacteurs à changer sur 38 existants), la Cour n’a pu estimer le coût de cette remise à niveau. EDF annonce dix milliards, ce qui semble « optimiste » à l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN). Dans sa conclusion, la Cour des Comptes confirme « la nécessité et l’urgence de faire réaliser (…) des audits techniques par des cabinets et experts extérieurs ». La Cour reviendra sur le coût des divers stockages.

 

En attendant, en 40 ans, nous n’avons pas trouvé de solution pour la gestion des 250 000 tonnes de déchets nucléaires qui ne cessent de croître tous les ans et dont la durée de vie peut aller jusqu’à plusieurs millions d’années !…

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La Hague - Zone de stockage de déchets radioactifs - Photo: APRE/Robert Guégan. 

 

Cette valse des milliards autour du nucléaire interdit tout investissement pour l’avenir et gèle le développement d’autres filières énergétiques et industrielles alternatives.

 

Par ailleurs le nucléaire est dangereux. Un risque jamais évoqué est celui de l’erreur humaine. A propos de Fessenheim, Monsieur Sarkozy qui se raille des risques sismiques et d’un tsunami du Rhin visiblement ignore qu’à Tchernobyl, c’est une erreur de manipulation des opérateurs qui a provoqué la catastrophe… La France n’en n’est pas exempte et même que proportionnellement, les risques sont plus importants que dans d’autres pays compte tenu du grand nombre de réacteurs qu’elle possède.

 

Une sortie progressive et programmée du nucléaire sur 25-30 ans, suivie du démantèlement des différents sites ne met pas en cause les emplois de l’actuel nucléaire, et même va les garantir durant plusieurs décennies. Dans le même temps, des moyens seront disponibles pour le développement des alternatives au nucléaire et à de nouvelles activités et filières industrielles d’avenir. D’ici là, il sera grand temps (à l’exemple de l’amiante) de reconnaître enfin les maladies professionnelles liées au nucléaire contractées par les personnels concernés.

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 Version courte parue dans l'Eclaireur du Gâtinais du 5 avril 2012 .

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Publié par BURGUNDER Jean-Luc - dans Politique
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Edward Hopper

L'expo est terminée, les oeuvres restent....numérisation0781

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PUSSY RIOT, RESTONS MOBILISES JUSQU'A LEUR LIBERATION

 

Nadejda Tolokonnikova (22 ans), Ekaterina Samoutsevitch (29 ans), et Maria Alekhina (24 ans), quasiment inconnues jusqu'alors, ont été condamnées le 17 août 2012 à deux ans de détention en camp pour «hooliganisme» et «incitation à la haine religieuse» pour avoir chanté en février, encagoulées, avec guitares et sonorisation, une «prière punk» d'une minute trente dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou, demandant à la Sainte Vierge de «chasser Poutine». Cinq des dix chanteuses du Groupe Pussy Riot ont pris part à l'action, trois ont été arrêtées, les deux autres sont en fuite... Elles ont fait appel du jugement. Les artistes français sont restés d'une discrétion étonnante.

 

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Nadejda Tolokonnikova

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VIème République, 1980 une idée part, 2012 une idée...

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C'est au "Club de la Presse" d'Europe 1, le 30 novembre 1980, que Brice Lalonde, candidat aux présidentielles de 1981 de l'ensemble des écologistes, demande un changement de Constitution et le passage à une VIème République. Depuis 32 ans les écologistes n'ont eu de cesse de réclamer cette nouvelle Constitution. Aujourd'hui, après nous avoir raillés durant trois décennies, il y a tous ceux qui défilent en appellant de leurs souhaits l'avènement de cette fameuse VIème, comme quoi au bout de tout ce temps la victoire des idées nous revient. Ci-dessus la couverture d'ECOLOGIE n°333 de janvier 1980 (journal que j'animais). Pour en savoir plus sur ce blog, allez à mars 2007, bonne lecture.

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Prendre l'air...

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L'info d'hier et d'aujourd'hui

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En 1970, l’information militante écologiste ne passe pas, c’est le blocage dans les médias nationaux et plus encore régionaux. Outre le mépris de cette « grande presse », la communication et la liaison entre la multitude des groupes écologistes sont inexistantes à l’exception des écrits et des notes de Pierre Fournier dans Charlie Hebdo et des bonnes adresses dans le mensuel Actuel.

 

Le « Tout passe » est la formule clé qui fait toute l’originalité de l’APRE. L’équipe technique de Montargis se contente alors de rassembler les informations envoyées par les groupes ou individus, de les classer, les présenter, les envoyer aux abonnés et à l’ensemble de la presse. « Tout Passe », même parfois les réflexions les plus saugrenues, mais l’APRE est un lieu d’expression ouvert à tous, sans exclusive idéologique, culturelle ou spirituelle, sans qu’aucune sélection ne soit opérée. Avec les moyens de l’époque, nous étions déjà dans la démarche et l’esprit des réseaux sociaux d’aujourd’hui, la technologie en moins.

 

Le projet n’est pas journalistique. Le rôle assigné à cette Agence de Presse est de collecter toute information touchant à l’écologie, aussi bien celles militantes que celles du domaine scientifique. Les sources proviennent de tout groupe ou mouvement, de toute association ou personne, intéressés par une diffusion et une circulation plus large de l’information écologique. Il s’agit alors de transmettre toutes les informations réunies, seule liaison hebdomadaire au service des militants et pour sensibiliser les grands médias à l’écologie dont ils ne parlent jamais. Il faut dire que tous les grands journaux et autres médias (radios, télés) sont destinataires d’un ou plusieurs exemplaires gratuits pour des journalistes ciblés Ces services de presse gratuits sont considérés comme un acte militant. De même, toutes les informations insérées dans le bulletin sont gratuites, et seul le montant des abonnements permet au bulletin de l’APRE d’être publié et expédié chaque semaine.

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Le numéro d'avril 1979 d'ECOLOGIE annonce à sa " une" l'accident nucléaire de Three Mile Island, et également Europe Ecologie qui annonce sa candidature aux élections européennes du mois de juin. Les Ecologistes ont obtenu 7,4% aux élections cantonales.

 

Le numéro de mai 1986, c'est la catastrophe de Tchernobyl en URSS. Aujourd'hui c'est Fukushima au Japon. L'actualité d'hier ne cesse de rattraper celle d'aujourd'hui. C'est pourquoi , alors que de 1973 à 1992, durant 20 ans, j'ai créé et animé des structures d'éditions, de production et de diffusion de la presse écologiste (Agence Presse Ecologie et Ecologie), 462 numéros parus, 30 dossiers et livres thématiques dont le premier ouvrage généraliste sur l'énergie solaire en France (1976), j'ai décidé de réouvrir cette presse et vous en faire partager les bons morceaux, non pas par nostalgie, mais simplement pour comparer et faire ressurgir ce qui fut un investissement financier important, un réseaux de compétences, de talents, d'intelligence collective et de solidarité. C'est incroyable ce que pour l'écologie, l'actualité d'aujourd'hui colle à celle d'hier. C'est pourquoi lorsque l'information le justifiera,  je vous livrerai des illustrations ou des articles parus durant ces 20 ans de l'APRE et d'ECOLOGIE. Vous serez surpris.

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