Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 20:59

EN FINIR AVEC LA MEMOIRE SELECTIVE

François Hollande, Président de la République a eu raison de reconnaître officiellement la répression sanglante du 17 octobre 1961 à Paris contre les « Français musulmans d’Algérie ». Je ne comprends pas les cris d’orfraie des responsables de l’UMP et du FN. Admettre des faits avérés par l’ensemble des historiens n’est pas un acte masochiste ni de repentance, mais reconnaître et affirmer une réalité. C’est important pour ceux qui en furent victimes et leurs descendants. C’est mettre des mots sur une blessure toujours douloureuse.

 

Quelle que soit la guerre, pour moi elle ne fait pas de héros, mais des victimes, d’où la nécessité de pouvoir en parler. C’est beaucoup de souffrance pour toutes les parties impliquées. Dans le cas présent de l’Algérie, en France la République parlait « d’évènements » et non pas de guerre, quelle hypocrisie ! Si ce n’était pas la guerre, pourquoi en 8 ans la France a-t-elle envoyé 1 343 000 jeunes appelés plus 400 000 militaires d’active ? Autant d’hommes qui se sont, du jour au lendemain, retrouvés dans l’horreur de ce qu’ils ont vécu eux en tant que victimes mais aussi en tant qu’acteurs. Combien d’Oradours y-a-t-il eu en Algérie ? Suffisamment pour faire des cauchemars une vie entière. Je n’oublie pas les 25 à 30 000 morts de ces militaires, ni leurs 70 000 blessés. Je n’oublie pas les 400 000 civils morts, d’origine européenne ou Algérienne. Je n’oublie pas les 160 000 harkis  désarmés et abandonnés sur place avec leur famille qui connurent le sort que l’on sait, ni les harkis rapatriés en France par leurs officiers, mais que l’on a cachés dans des conditions de vie improbables y compris leur descendance, à peine reconnue aujourd’hui alors qu’ils sont français. Je n’oublie pas les massacres d’européens d’Oran, des 5, 6 et 7 juillet 1962, je n’oublie pas non plus le million de rapatriés d’origine européenne qui ont tout perdu.

 

C’est pourquoi je n’oublie pas le 17 octobre 1961 ni les massacres de Sétif et Guelma du 8 mai 1945 (entre 1165 victimes officielles et 17 000 selon les services secrets américains d’Alger, dont 100 européens), tous deux survenus sous la République française et les gouvernements du Général De Gaulle…

 

"Le 17 octobre 1961" film de Yasmina Adi - 2008- 

 

UNE NUIT NOIRE A PARIS

 

Après sept années de conflit en Algérie, des négociations sur le principe de l’indépendance sont ouvertes en mai 1961 à Evian. La cohabitation sur place entre les communautés est extrêmement tendue et s’étend en métropole. Les assassinats à la fois de policiers et d’indépendantistes algériens se multiplient. Maurice Papon préfet de police (ancien préfet de Constantine) instaure le 5 octobre un couvre-feu de 20h30 à 5h30 pour tous les Français musulmans d’Algérie.



La Fédération de France du FLN appelle les algériens de la région parisienne à manifester pacifiquement contre ce couvre-feu discriminatoire le 17 octobre 1961. La manifestation est interdite et carte blanche est donnée au Préfet pour la réprimer. Les Algériens qui sont majoritairement des ouvriers se rendent dans la capitale en costume du dimanche comme s’ils allaient à « un mariage, à une fête ». Pour nombre d’entre eux, c’était la première sortie de leurs bidonvilles. Ils sont ainsi près de 30 000 à prendre le métro pour entrer dans Paris. Ils sont accueillis par des milliers de policiers.

 

numérisation0541La répression est sans limites : près de 12 000 arrestations, interrogatoires, tortures, expulsions, rafles et internement, morts, manifestants jetés dans la Seine. Cette nuit noire à Paris a marqué un tournant dans la guerre d’Algérie jusqu’à l’indépendance le 5 juillet 1962. Des journaux relatent les faits comme Paris Match ou France Observateur (entre autres). Des demandes d’enquêtes sur le rôle de la police sont réclamées, mais Maurice Papon comme ses supérieurs les refusent. Deux jours après la répression, les journalistes Claude Bourdet et Gilles Martinet dénoncent la censure de l’Etat : « depuis des mois, personne n’a pu dire la vérité sur la façon dont les Algériens sont traités en France » écrivent-ils. La censure s’abat sur tout média tenté de faire la lumière sur cette nuit-là.

 

Le bilan exact de cette répression est impossible à établir avec précision. Il est officiellement de trois morts, alors que ce sont des dizaines de cadavres d’Algériens qui vont au fil de la Seine. Les archives officielles de l’époque ont presque toutes disparu. Celles qui restent dénombrent d’une façon certaine quarante morts ce qui laisse à penser que ce sont plusieurs centaines de personnes qui cette nuit-là et les jours qui ont suivi ont péri.

 

Quelques mois plus tard, le 8 février 1962, à l’appel du Parti Communistenumérisation0542 Français, une manifestation pour la « paix en Algérie » a lieu à Paris. La police charge, et tue 8 personnes. Leurs obsèques rassemblent plusieurs dizaines de milliers de personnes. Charonne reste dans la mémoire collective de gauche et du PCF en particulier, le symbole de la violence de l’Etat pendant la guerre d’Algérie. Ainsi le journal Le Monde qui avait dénoncé les violences du 17 octobre et qui s’était inquiété des dizaines de cadavres retrouvés dans la Seine écrit en février 1962 : « que la répression de Charonne a été la plus violente que Paris ait connue depuis 1934 ». Question : qu’est-ce qui distingue les manifestants de 1961 et ceux de 1962 ? La couleur de peau ou les droits qui y sont attachés ? Par ailleurs, il y a eu une confusion constante entre ces deux dates, que ce soit dans les livres ou les journaux télévisés les photos du 17 octobre servant à illustrer les violences de Charonne…autant d’éléments qui demandent à être éclaircis comme d’autres évènements.  

 

numérisation0544

 

 numérisation0546numérisation0549

 numérisation0548   PARIS MATCH n° 655/ 28 octobre 1961

Partager cet article

Repost 0
Publié par BURGUNDER Jean-Luc - dans Politique
commenter cet article

commentaires

LOUANCHI 05/11/2012 21:26



lien vers http://www.dailymotion.com/video/xl0lyn_hocine-le-combat-d-une-vie_news


En 1975, quatre hommes cagoulés et armés pénètrent dans la mairie de
Saint Laurent des arbres, dans le département du Gard. Sous la menace de tout faire sauter à la dynamite, ils obtiennent après 24 heures de négociations la dissolution du camp de harkis proche du
village. A l'époque, depuis 13 ans, ce camp de Saint Maurice l'Ardoise, ceinturé de barbelés et de miradors, accueillait 1200 harkis et leurs familles. Une discipline militaire, des conditions
hygiéniques minimales, violence et répression, 40 malades mentaux qui errent désoeuvrés et l' isolement total de la société française. Sur les quatre membres du commando
anonyme des cagoulés, un seul aujourd'hui se décide à parler.


35 ans après Hocine raconte comment il a risqué sa vie pour faire raser
le camp de la honte. Nous sommes retournés avec lui sur les lieux, ce 14 juillet 2011. Anne Gromaire, Jean-Claude Honnorat.


Sur radio-alpes.net - Audio -France-Algérie : Le combat de
ma vie (2012-03-26 17:55:13) - Ecoutez: Hocine Louanchi
joint au téléphone...émotions et voile de censure levé ! Les Accords d'Evian n'effacent pas le passé, mais l'avenir pourra apaiser les blessures.
(H.Louanchi)Interview du 26 mars 2012 sur
radio-alpes.net

Présentation

  • : le blog de Jean-Luc BURGUNDER
  •   le blog de Jean-Luc BURGUNDER
  • : Au-delà de mes opinions écologistes et de mon engagement depuis 1970, je suis libre de ma pensée et un citoyen comme les autres. J'ai mes certitudes, mes doutes, mes questionnements, mes coups de cœur, mes espoirs, mes colères et une curiosité toujours en éveil. De plus, sur ce blog, je ne me limite pas à la politique institutionnelle mais élargi ce périmètre à toutes les dimensions de la vie. La politique n’est-elle pas la vie de la citée ?
  • Contact

Rechercher

Edward Hopper

L'expo est terminée, les oeuvres restent....numérisation0781

numerisation0782.jpg

PUSSY RIOT, RESTONS MOBILISES JUSQU'A LEUR LIBERATION

 

Nadejda Tolokonnikova (22 ans), Ekaterina Samoutsevitch (29 ans), et Maria Alekhina (24 ans), quasiment inconnues jusqu'alors, ont été condamnées le 17 août 2012 à deux ans de détention en camp pour «hooliganisme» et «incitation à la haine religieuse» pour avoir chanté en février, encagoulées, avec guitares et sonorisation, une «prière punk» d'une minute trente dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou, demandant à la Sainte Vierge de «chasser Poutine». Cinq des dix chanteuses du Groupe Pussy Riot ont pris part à l'action, trois ont été arrêtées, les deux autres sont en fuite... Elles ont fait appel du jugement. Les artistes français sont restés d'une discrétion étonnante.

 

542375 4005555250810 157558470 n

Nadejda Tolokonnikova

Liste Des Pages

VIème République, 1980 une idée part, 2012 une idée...

numerisation0344.jpg

 

C'est au "Club de la Presse" d'Europe 1, le 30 novembre 1980, que Brice Lalonde, candidat aux présidentielles de 1981 de l'ensemble des écologistes, demande un changement de Constitution et le passage à une VIème République. Depuis 32 ans les écologistes n'ont eu de cesse de réclamer cette nouvelle Constitution. Aujourd'hui, après nous avoir raillés durant trois décennies, il y a tous ceux qui défilent en appellant de leurs souhaits l'avènement de cette fameuse VIème, comme quoi au bout de tout ce temps la victoire des idées nous revient. Ci-dessus la couverture d'ECOLOGIE n°333 de janvier 1980 (journal que j'animais). Pour en savoir plus sur ce blog, allez à mars 2007, bonne lecture.

Catégories

Prendre l'air...

2012-08-06--Bretagne-5-062.JPG

L'info d'hier et d'aujourd'hui

numérisation0756

 

En 1970, l’information militante écologiste ne passe pas, c’est le blocage dans les médias nationaux et plus encore régionaux. Outre le mépris de cette « grande presse », la communication et la liaison entre la multitude des groupes écologistes sont inexistantes à l’exception des écrits et des notes de Pierre Fournier dans Charlie Hebdo et des bonnes adresses dans le mensuel Actuel.

 

Le « Tout passe » est la formule clé qui fait toute l’originalité de l’APRE. L’équipe technique de Montargis se contente alors de rassembler les informations envoyées par les groupes ou individus, de les classer, les présenter, les envoyer aux abonnés et à l’ensemble de la presse. « Tout Passe », même parfois les réflexions les plus saugrenues, mais l’APRE est un lieu d’expression ouvert à tous, sans exclusive idéologique, culturelle ou spirituelle, sans qu’aucune sélection ne soit opérée. Avec les moyens de l’époque, nous étions déjà dans la démarche et l’esprit des réseaux sociaux d’aujourd’hui, la technologie en moins.

 

Le projet n’est pas journalistique. Le rôle assigné à cette Agence de Presse est de collecter toute information touchant à l’écologie, aussi bien celles militantes que celles du domaine scientifique. Les sources proviennent de tout groupe ou mouvement, de toute association ou personne, intéressés par une diffusion et une circulation plus large de l’information écologique. Il s’agit alors de transmettre toutes les informations réunies, seule liaison hebdomadaire au service des militants et pour sensibiliser les grands médias à l’écologie dont ils ne parlent jamais. Il faut dire que tous les grands journaux et autres médias (radios, télés) sont destinataires d’un ou plusieurs exemplaires gratuits pour des journalistes ciblés Ces services de presse gratuits sont considérés comme un acte militant. De même, toutes les informations insérées dans le bulletin sont gratuites, et seul le montant des abonnements permet au bulletin de l’APRE d’être publié et expédié chaque semaine.

numérisation0176

Le numéro d'avril 1979 d'ECOLOGIE annonce à sa " une" l'accident nucléaire de Three Mile Island, et également Europe Ecologie qui annonce sa candidature aux élections européennes du mois de juin. Les Ecologistes ont obtenu 7,4% aux élections cantonales.

 

Le numéro de mai 1986, c'est la catastrophe de Tchernobyl en URSS. Aujourd'hui c'est Fukushima au Japon. L'actualité d'hier ne cesse de rattraper celle d'aujourd'hui. C'est pourquoi , alors que de 1973 à 1992, durant 20 ans, j'ai créé et animé des structures d'éditions, de production et de diffusion de la presse écologiste (Agence Presse Ecologie et Ecologie), 462 numéros parus, 30 dossiers et livres thématiques dont le premier ouvrage généraliste sur l'énergie solaire en France (1976), j'ai décidé de réouvrir cette presse et vous en faire partager les bons morceaux, non pas par nostalgie, mais simplement pour comparer et faire ressurgir ce qui fut un investissement financier important, un réseaux de compétences, de talents, d'intelligence collective et de solidarité. C'est incroyable ce que pour l'écologie, l'actualité d'aujourd'hui colle à celle d'hier. C'est pourquoi lorsque l'information le justifiera,  je vous livrerai des illustrations ou des articles parus durant ces 20 ans de l'APRE et d'ECOLOGIE. Vous serez surpris.

numérisation0175

Tourner manège...

2012-08-06 Bretagne 5 022