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10 octobre 2007 3 10 /10 /octobre /2007 22:49
(introduction)

Sarkosy
n’est pas Hitler

Ainsi soit-il, le 6 mai dernier Sarkosy a été élu Président de la République avec 53% des suffrages. Il n’y a pas à contester, la démocratie s’est exprimée dans les urnes. A priori, tout est bien en République française. Son élection ne m’a pas surpris tant le match était truqué par le rapport des forces et des moyens engagés depuis longtemps. Cinq années en « vedette » au gouvernement ça aide énormément. Cependant en devenant une réalité, un cap était bel et bien franchi. Alors que défilaient à la télévision les images du Fouquet’s et de la Concorde, le soir du second tour le sentiment de malaise que Sarkosy provoque chez moi depuis 2002 s’est affirmé comme la rupture annoncée.

Depuis cinq ans que j’écoute et observe Sarkosy et tout particulièrement durant l’année écoulée, je suis convaincu et je l’ai déjà écrit sur ce blog, qu’en tant que chef de l’Etat cet homme est dangereux pour la France et les Français. Il est dangereux par les valeurs qu’il défend, par sa façon d’être, par sa parole bavarde, par cette manière de jouer en permanence sur le registre de l’émotion et de l’empathie et par sa gouvernance autocratique. Pourtant jusqu’à aujourd’hui, il semble correspondre à l’attente d’une majorité de Français. Pour certains qui se sont fait piéger de bonne foi, je les excuse dans leur grande majorité, tellement ils sont le jouet d’une propagande relayée par des médias qui très majoritairement appartiennent au réseau des amis proches de Sarkosy…et qui formatent et conditionnent la pensée collective depuis plusieurs années.

Depuis le 6 mai dernier qu’est-ce qui a changé pour moi ? Un sentiment que je n’avais jamais connu et que je n’imaginais même pas. Ce sentiment s’est imposé à moi à savoir qu’une part de moi-même et de ma conscience se sont mis instinctivement en exil. En exil intérieur bien sûr. Au début, j’ai pensé que cela passerait avec le temps. Mais pas du tout, bien au contraire. Alors j’ai essayé de comprendre. Je pense aujourd’hui que cette part de moi qui symboliquement s’est exilée est une manière de me placer dans une posture d’alerte permanente afin d’éviter chaque jour de tomber dans la banalisation favorisée par le quotidien. Il en va des limites intimes de ma liberté de penser. Il y a péril en la demeure, aussi cet exil me tient éveillé plus que jamais contre le Meilleur des Mondes qui loi après loi s’installe bel et bien.

Le 6 mai, s’est imposée à moi l’image du vilain tour qu’une élection peut faire à son pays et à son peuple. J’ai pensé à l’Allemagne qui dans les années 30 par les urnes l’a douloureusement appris à ses dépends, ainsi que d’autres pays d’Europe et du monde. Au-delà de cet événement avéré, la question est de savoir et de comprendre : comment une société évoluée et de grande culture (comme l’était l’Allemagne de l’époque) peut un jour sans qu’il n’y paraisse basculer dans un néant barbare ?

Burgunder, tu exagères, Sarkosy n’est pas Hitler. Sans doute, mais ce type de dérive n’est pas inné et réservé à l’Allemagne, si bien qu’aucun pays (en Europe ou ailleurs) n’est à l’abri de ce type « d’aventure ». Sans aucun doute selon les époques, les hommes et le contexte qui favorise l’émergence de l’autoritarisme font que celui-ci n’est jamais le même dans sa forme, sa doctrine, son image. Ses boucs émissaires « coupables » et victimes désignés ne sont pas nécessairement les mêmes, même si c’est toujours « l’étranger » qui est instrumentalisé, si bien, que seuls les ressorts qui fondent un autoritarisme issu des urnes sont identiques mais ne sautent pas aux yeux de tout un chacun au quotidien. Ce ressort, c’est la rencontre fusionnelle ou de circonstance entre un peuple en perte de repères, inquiet de son avenir et qui vit durement des écarts toujours grandissants de niveaux de vie et de reconnaissance entre catégories sociales, et un chef fort d’une idéologie autoritaire réduite à sa pure vérité.

Durant les 20 ans de la désindustrialisation massive touchant particulièrement le monde ouvrier, Le Pen a travaillé les esprits à la droitisation extrême de la société française. Aujourd’hui Sarkosy poursuit massivement l’ouvrage. Il s’acharne à déconstruire la pensée de référence qui jusqu’à son élection fondait la vie collective des Français, afin de mieux imposer sa doctrine du marché comme seule possible. Du passé faisons table rase. On connaît la suite. Sarkosy distille la banalisation de l’inacceptable au quotidien. Ainsi à propos du regroupement familial des immigrés, sans qu’il n’y paraisse, en introduisant par la loi des critères biologiques (ADN) pour des utilisations politiques, idéologiques et étatiques, il banalise un effondrement des valeurs morales, culturelles et intellectuelles de notre société qui contrairement à ce que dit le premier ministre Fillon est bien loin d’être un « détail ». Il provoque une régression de l’éthique d’une majorité de politiques et de citoyens, qui de fait même si la comparaison peut paraître choquante, renvoie à l’Etat français de Pétain des années 40. C’est ainsi, dans la banalisation d’un suffrage universel démocratique que Sarkosy installe un régime despotique (il ne fait confiance à personne pour régler les problèmes) et entraîne la Vème République dans une dégénérescence totalitaire qui n’affiche pas la couleur. Ainsi jour après jour, loi après loi sont évacués l’intérêt général et la solidarité sociale et collective autour desquels s’organisaient et s’articulaient la République et la démocratie de la société française, et qui faisaient repère à chaque citoyen.

Pour ce faire, à la manière des régimes autoritaires, Sarkosy isole les élites du corps social. Leur choix est le suivant : soit ils le rallient et ainsi rassurent des catégories de populations mais tout en cautionnant et confortant le système sans véritablement peser sur lui, soit ils conservent leur indépendance de pensée et le libre arbitre de leurs compétences et dans ce cas, pour avoir le dernier mot, Sarkosy leur oppose les résultats du suffrage universel. « Ils ont tous tort » dit-il et les innombrables courtisans d’approuver et d’applaudir, sans imaginer une seconde, qu’un jour, catégorie par catégorie, ils seront rattrapés par les dures retombées de son délire et de son système.

Ce qui a aussi changé pour moi, depuis le 6 mai dernier, c’est ma posture politique. Je dis bien posture et non positionnement. Si je reste fondamentalement écologiste (on ne se refait pas), l’enseignement que je tire des événements de l’heure, font que je suis persuadé que plus que jamais je dois hiérarchiser mes objectifs politiques et ce d’autant plus que l’écologie politique française dont je suis culturellement issu a toujours pris en compte que l’écofascisme n’était en aucun cas à exclure. Si la planète brûle, la démocratie française flambe, si bien que tout ce qui n’est pas sarkosyste se doit de faire l’inventaire, non pas seulement des idées, mais du comment les exprimer et les rendre concrètes auprès du plus grand nombre de citoyens. Compte tenu des temps qui courent, je dois là où je suis (chez les Verts) apporter ma modeste contribution à l’émergence d’une expression renouvelée de valeurs collectives qui intègreraient à la fois des valeurs universelles et d’autres qui répondraient aux problématiques d’aujourd’hui voir autant faire ce peu de demain. En cela, aucun parti de gauche ou d’extrême gauche n’est aujourd’hui en mesure d’effectuer seul ce chantier. Non pas celui de réaliser une unité souvent réductrice, mais d’organiser, sur le fond et le contenu, le rassemblement des diversités dans un respect des différences et dans un esprit de complémentarité. On a toujours à apprendre des autres. C’est le sens même de la vie. C’est tout le contraire d’un conservatisme figé dans ses certitudes. Voilà pourquoi, le Vert que je suis, privilégie en priorité toute stratégie qui peut s’opposer à Sarkozy et les siens, tout en exprimant les valeurs écologistes. Si chacun bouge un peu là où il est, je pense qu’une pensée construite peut émerger et créer les conditions d’un renouvellement des idées et de l’action à gauche. En attendant, nous n’échapperons pas à l’état des lieux. C’est pourquoi plus que jamais, il nous est nécessaire de prendre la mesure des événements du moment.

Durant ces mois, j’ai évité les grandes lectures consacrées à Sarkosy. Je me suis contenté de suivre l’actualité et les déclarations sur différents sujets des candidats et du Président. J’ai pris des tonnes de notes, je les ai mis en ordre et tenter de réfléchir pour mieux comprendre la droitisation et la dérive autoritaire de la société française.

Par une succession de textes, sous la rubrique « Un Président peut en cacher un autre », je vais sur ce Blog vous livrer mon travail d’observation que j’ai fait en terres sarkosystes. J’ai la faiblesse de penser qu’il est utile de savoir où l’on pose les pieds, avant d’aller plus loin. Bien connaître le terrain permet de mieux manœuvrer et d’atteindre ses objectifs avec efficacité.
Et si le pire n’est jamais sûr, il vaut mieux être en éveil et conserver une lucidité bien à soi, inch’Allah…

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Publié par Burgunder - dans Politique
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Edward Hopper

L'expo est terminée, les oeuvres restent....numérisation0781

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PUSSY RIOT, RESTONS MOBILISES JUSQU'A LEUR LIBERATION

 

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VIème République, 1980 une idée part, 2012 une idée...

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C'est au "Club de la Presse" d'Europe 1, le 30 novembre 1980, que Brice Lalonde, candidat aux présidentielles de 1981 de l'ensemble des écologistes, demande un changement de Constitution et le passage à une VIème République. Depuis 32 ans les écologistes n'ont eu de cesse de réclamer cette nouvelle Constitution. Aujourd'hui, après nous avoir raillés durant trois décennies, il y a tous ceux qui défilent en appellant de leurs souhaits l'avènement de cette fameuse VIème, comme quoi au bout de tout ce temps la victoire des idées nous revient. Ci-dessus la couverture d'ECOLOGIE n°333 de janvier 1980 (journal que j'animais). Pour en savoir plus sur ce blog, allez à mars 2007, bonne lecture.

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Prendre l'air...

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L'info d'hier et d'aujourd'hui

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En 1970, l’information militante écologiste ne passe pas, c’est le blocage dans les médias nationaux et plus encore régionaux. Outre le mépris de cette « grande presse », la communication et la liaison entre la multitude des groupes écologistes sont inexistantes à l’exception des écrits et des notes de Pierre Fournier dans Charlie Hebdo et des bonnes adresses dans le mensuel Actuel.

 

Le « Tout passe » est la formule clé qui fait toute l’originalité de l’APRE. L’équipe technique de Montargis se contente alors de rassembler les informations envoyées par les groupes ou individus, de les classer, les présenter, les envoyer aux abonnés et à l’ensemble de la presse. « Tout Passe », même parfois les réflexions les plus saugrenues, mais l’APRE est un lieu d’expression ouvert à tous, sans exclusive idéologique, culturelle ou spirituelle, sans qu’aucune sélection ne soit opérée. Avec les moyens de l’époque, nous étions déjà dans la démarche et l’esprit des réseaux sociaux d’aujourd’hui, la technologie en moins.

 

Le projet n’est pas journalistique. Le rôle assigné à cette Agence de Presse est de collecter toute information touchant à l’écologie, aussi bien celles militantes que celles du domaine scientifique. Les sources proviennent de tout groupe ou mouvement, de toute association ou personne, intéressés par une diffusion et une circulation plus large de l’information écologique. Il s’agit alors de transmettre toutes les informations réunies, seule liaison hebdomadaire au service des militants et pour sensibiliser les grands médias à l’écologie dont ils ne parlent jamais. Il faut dire que tous les grands journaux et autres médias (radios, télés) sont destinataires d’un ou plusieurs exemplaires gratuits pour des journalistes ciblés Ces services de presse gratuits sont considérés comme un acte militant. De même, toutes les informations insérées dans le bulletin sont gratuites, et seul le montant des abonnements permet au bulletin de l’APRE d’être publié et expédié chaque semaine.

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Le numéro d'avril 1979 d'ECOLOGIE annonce à sa " une" l'accident nucléaire de Three Mile Island, et également Europe Ecologie qui annonce sa candidature aux élections européennes du mois de juin. Les Ecologistes ont obtenu 7,4% aux élections cantonales.

 

Le numéro de mai 1986, c'est la catastrophe de Tchernobyl en URSS. Aujourd'hui c'est Fukushima au Japon. L'actualité d'hier ne cesse de rattraper celle d'aujourd'hui. C'est pourquoi , alors que de 1973 à 1992, durant 20 ans, j'ai créé et animé des structures d'éditions, de production et de diffusion de la presse écologiste (Agence Presse Ecologie et Ecologie), 462 numéros parus, 30 dossiers et livres thématiques dont le premier ouvrage généraliste sur l'énergie solaire en France (1976), j'ai décidé de réouvrir cette presse et vous en faire partager les bons morceaux, non pas par nostalgie, mais simplement pour comparer et faire ressurgir ce qui fut un investissement financier important, un réseaux de compétences, de talents, d'intelligence collective et de solidarité. C'est incroyable ce que pour l'écologie, l'actualité d'aujourd'hui colle à celle d'hier. C'est pourquoi lorsque l'information le justifiera,  je vous livrerai des illustrations ou des articles parus durant ces 20 ans de l'APRE et d'ECOLOGIE. Vous serez surpris.

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