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20 juillet 2007 5 20 /07 /juillet /2007 23:09
Autopsie d’un postillon :
C’est qui la salope ?


Le 28 juin dernier, en visite à Lyon, Patrick Devedjian, co-secrétaire national de l’UMP, devant une caméra, postillonne sur Madame Anne-Marie Comparini, députée (Modem) sortante, battue aux dernières élections législatives par l’UMP, en la traitant de « salope ». Au-delà du mot, que nous révèle cette formule, d’où vient-elle ? Et à qui s’adresse-t-elle ?


Aux élections régionales de 1998, six régions ont été prises en otage par une alliance droite républicaine et Front national. En Rhône-Alpes, la droite et la gauche obtiennent le même nombre de sièges, 60 chacune, mais la Gauche plurielle devance de 13428 voix l’alliance RPR-UDF. Les élus FN disposent de 35 sièges.

L’élection du Président se fait sur 3 tours. Au 3ème tour, en cas d’égalité, la droite est certaine de conserver la présidence de la région puisque le doyen d’âge (UDF) est dans ses rangs. S’accrochant à son siège de président sortant, Charles Millon, ancien ministre de Balladur et de Juppé, UDF et catholique fervent, décide secrètement de s’allier au FN. Le 20 mars 1998, il est élu président au second tour grâce aux voix frontistes et au seul chasseur. Trois conseillers régionaux de droite refusent de voter Millon ; Thierry Cornillet et Fabienne Lévy (UDF) et Marie-Thérèse Geffroy (RPR). C’est un tollé général et des manifestations partout en Rhône-Alpes.

Ce second tour qui voit « magiquement » les 35 voix du FN de Bruno Gollnisch se reporter sur Charles Millon sonne le glas de l’unité à droite. De suite, Millon nie tout accord avec le FN. A l’inverse, Bruno Gollnisch s’empresse de dénoncer publiquement le mensonge de Millon et le met au défi d’un nouveau vote. Défi qu’il ne relève pas et place un extrême droite en charge des …affaires culturelles du Conseil régional.

Quelques conseillers régionaux (dont Anne-Marie Comparini), bien qu’ayant voté Charles Millon mais surpris par sa manœuvre avec le FN au second tour pour son élection à la présidence, se désolidarisent de lui et rejoignent les trois qui ne l’ont pas soutenu dès le premier tour. François Bayrou appelle Millon à démissionner, ce qu’il ne fera pas. Le 8 avril suivant il est exclu de l’UDF et le 17 avril Millon fonde un mouvement politique : la Droite. En novembre 1998 Charles Millon réuni son mouvement et déclare : que la droite, la vraie , n’était pas au pouvoir depuis…1945 ! (il aurait du dire 1944). Pour le moins Millon est décomplexé puisqu’il inscrit son mouvement dans la filiation de l’Etat et du gouvernement de Vichy du maréchal Pétain. C’est très clair.

Le 9 décembre 1998, le Conseil Constitutionnel donne raison au Conseiller régional Vert, Etienne Tête, qui avait déposé un recours en mars contre les conditions d’élection du Président de Région. L’élection de Charles Millon est invalidée. En janvier 1999 (les 7,8,9), de nouvelles élections pour la présidence de région sont organisées. Pour les anti-Milloniste il devient urgent de soutenir un nouvel exécutif républicain. Malgré le risque de perdre à nouveau la présidence de région au profit de l’alliance droite-extrême droite, les socialistes imaginent de maintenir leur candidat sur les trois tours alors que la Gauche plurielle ne dispose que de 60 sièges sur 157 ! En accord avec François Bayrou, Madame Anne-Marie Comparini (UDF) annonce qu’elle maintiendra sa candidature à la présidence aux trois tours. Elle dispose de 15 voix possibles. Le RPR parisien dirigé alors par Philippe Seguin, le 6 janvier, à la veille du 1er tour, appelle dans un communiqué les élus « gaullistes » à se « conformer aux orientations arrêtées par le chef de file UDF ». le 7 janvier au premier tour la Gauche plurielle obtient 60 voix, Millon 38, Mme Comparini (UDF) 19, l’extrême droite est divisée entre 22 pour le MNR et 13 pour le FN, à remarquer aussi 2 votes blancs. Mais, entre le premier tour et le second tour qui a lieu le Vendredi 8, le RPR parisien change d’avis sur une intervention… du numéro deux du RPR, un certain Nicolas Sarkosy. Un fax précise que le RPR lâche l’UDF et Anne-Marie Comparini au profit du candidat Milloniste qui désormais remplace Million lui-même désormais minoritaire. Marie-Thérèse Geffroy, seule élue RPR qui depuis 1998 refuse toujours de mêler sa voix à celles du FN et des Millonistes est menacée plusieurs fois en séance lors de son intervention, de recevoir des claques, par un certain Amaury Nardone. Le ton est donné.

Dans la nuit qui précède le troisième et dernier tour, Anne-Marie Comparini reçoit le soutien de la Gauche plurielle qui a décidé de faire bloc contre Millon et les lepénistes. Madame Anne-Marie Comparini est élue au troisième tour avec 75 voix contre 56 pour le candidat commun de Charles Million, de Philippe Séguin et Nicolas Sarkosy du RPR et de Bruno Gollnisch du FN.

Sitôt élue, Madame Comparini a été copieusement traitée de « salope » (déjà) par ceux qu’elle venait de battre. Décidemment pour certains, c’est une culture.

En juin 1999, un certain Jean-François Touzé, l’un des cadres de « la Droite », est exclu pour avoir appelé pour les élections européennes : « les électeurs nationaux et indépendants, ainsi que tous ceux qui ont suivi depuis un an Charles Million dans sa démarche de …rupture à voter massivement et sans état d’âme en faveur de la liste conduite par …Jean-Marie Le Pen ». (…) Intéressant.

En octobre 1999, la Droite se transforme en parti politique sous le nom de Droite Libérale Chrétienne (DLC). Aux élections municipales de Lyon en 2001, DLC remporte 21 sièges et passe devant les listes RPR-UDF (10 sièges) mais est battue par la liste de la Gauche plurielle de Gérard Colomb (42 élus).

Le 3 septembre 2003, Charles Millon est nommé ambassadeur auprès de l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Le 25 septembre suivant au Conseil régional de Rhône-Alpes, le groupe « Milloniste » fusionne avec le groupe UMP. Belle démonstration d’une évidente contamination par la lepénisation des esprits d’une partie importante de la Droite républicaine.

Il n’y a donc rien de surprenant à ce qu’entre responsables élus UMP à Lyon, M.Devedjian, reprenne grossièrement à son compte l’insulte des « Millonistes » (dont le RPR et le FN) vis-à-vis d’Anne-Marie Comparini en la traitant de « salope ». N’est-ce pas elle qui refusa l’alliance avec le FN et qui succéda, comme nous l’avons vu, à M.Millon ?
Le contentieux est lourd entre l’UMP et Mme Comparini, députée du Rhône, UDF sortante, en 2007, qui est restée fidèle à François Bayrou et qui a rejoint le Modem. Une fidélité assumée et conforme à son engagement depuis 1998 contre la droite lepénisée. Une fidélité qui lui coûta en juin dernier son siège de députée, au profit de l’UMP Michel Havard. Ce « salope » lâché par Patrick Devedjian le 28 juin dernier, est lourd de signification si on se réfère aux péripéties autour de cette élection régionale de 1998. Beaucoup penseront que c’est de l’histoire « ancienne » et anecdotique. Pas vraiment si l’on rapproche les propos de Charles Million lors de la création de la Droite et ceux tenus en 2007 (Le Monde 10/04/07) lors de la campagne présidentielle par le même Devedjian : « La droite est sortie honteuse de la guerre. Depuis la Libération, la gauche exerce un magistère moral sur l’histoire, distribuant les bons et les mauvais points : à gauche le parti des fusillés, à droite les collaborateurs. Même Chirac n’a jamais dit qu’il était de droite, et Jospin n’a pas hésité à dire de la droite qu’elle était héritière d’un courant anti-dreyfusard, antisémite et raciste… il (c’est de Sarkosy dont il parle) a sorti nos valeurs de la réclusion, il redonne sa dignité à la droite, le droitisation de la société permet aujourd’hui ce réajustement idéologique qui anticipe la victoire politique… ». Tout est dit par l’un des successeurs de Sarkosy à la tête de l’UMP. Il est clair que le ressort idéologique de l’action politique de l’actuel Président et de sa majorité est là. Tout le reste n’est que manipulation et faire semblant. De plus Devedjian et les siens d’une certaine façon réécrivent l’histoire. Que je sache le Général de Gaulle n’était pas à gauche, pourtant en partant à Londres il a, avec d’autres décidé de ne pas capituler et de poursuivre la lutte contre le nazisme envahisseur. C’est le cas du nationaliste conservateur Henri Frenay qui sur le terrain, en France, fonde les premiers réseaux de résistance active. Il sera le co-fondateur de réseau Combat. La guerre et le gouvernement de Vichy faisant, il se positionnera progressiste en 1945. C’est encore Pierre Henri Teitgen l’autre co-fondateur de Combat qui lui n’est pas à gauche et ainsi de suite. Avec ces hommes, cette droite n’a pas de quoi sortir honteuse de la guerre. Ainsi, ceux qui à droite ont besoin de se décomplexer de la collaboration et du régime de Vichy sont ceux qui justement s’inscrivent tout à fait historiquement et culturellement dans la filiation anti-dreyfusard, de Maurras, de Drumont et de Barrès, mais certainement pas gaulliste. Ils sont bien au-delà.

Ce « salope » de Patrick Devedjian est révélateur à plus d’un titre. D’abord parce qu’il renvoie à l’alliance de la « droite républicaine »  avec le FN de Bruno Gollnisch contre Madame Comparini. Bruno Gollnisch, professeur de l’Université Jean Moulin Lyon III qui en 2004 sera suspendu de ses cours pour avoir soutenu des thèses négationnistes. Ensuite, sur le complexe de la droite depuis la fin de la guerre (!) N’est-ce pas un pour ce dirigeant de l’UMP la trace bien vivace de ce qu’il a appelé « son erreur de jeunesse » à savoir son engagement en 1964 à « Occident » au côté de Pierre Sidos ?  Chacun a le droit d’évoluer mais dans le cas présent, par des déclarations ou des faits précis, j’ai l’intime perception que les convictions de Devedjian sont toujours sur les fondements d’une droite radicale et extrême. Pour en oublier De Gaulle il faut le faire. Ils sont réellement bien au-delà.

Pour mémoire, Pierre Sidos était le fils de François Sidos qui fut membre des Jeunesses Patriotes fondées par Pierre Taittinger, député bonapartiste, (les champagnes) et qui avant-guerre fut considéré comme une des composantes du fascisme français. Sous l’occupation, il devint un haut responsable de la Milice. Il sera fusillé en 1946. Pierre et ses frères fondent « Jeune Nation » qui sera interdit en 1958. En 1964, il fonde « Occident » puis en 1968 (tiens !) l’Œuvre Française à l’emblème de la croix celtique. Pierre Sidos a apporté son soutien au FN en 1996. Outre Patrick Devedjian, citons en autres parmi les personnalités issues d’ »Occident » : Hervé Novelli actuel secrétaire d’état chargé des entreprise et du commerce extérieur, Alain Madelin, Gérard Longuet, (anciens ministres), Jacques Bompard, Claude Goasguen, Pierre Philippe Pasqua et quelques autres. A remarquer que leur carrière politique pour beaucoup d’entre eux sont tout à fait mêlées.

« Salope » un mot choc, pas chic, mais de trop à qui regarde de plus près, à suivre sans aucun doute.


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Publié par Burgunder - dans Politique
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Legrand Zhora 16/10/2007 09:10

Bonjour,
COllaboratrice du groupe des Verts à la Région Rhône-Alpes, je vous remercie pour l'article concernant Anne-Marie Comparini.
Je travaille pour le groupe des Verts depuis 1995 et j'ai été au coeur des évènements de 1998; Ces moments nous les avons vécu dans l'horreur, dans l'angoisse.
On parle du courage de Madame Comparini, mais on oublie Marie-Thérèse Geoffroy et Fabienne Lévy (qui ne fait pas partie de ma famille politique, je vous rassure), qui ont été les seules à dire NON, Non à cette alliance, non à cette soif du pouvoir.
Elles ont été insultées, maltraitées, et là, nous les femmes de tout bord avons fait bloc avec elles.
Ce sont des évènements marquants que nous ne sommes pas prêts d'oublier.
Alors merci, merci d'avoir rappelé ces évènements.
Bien cordialement
Zhora legrand
 

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C'est au "Club de la Presse" d'Europe 1, le 30 novembre 1980, que Brice Lalonde, candidat aux présidentielles de 1981 de l'ensemble des écologistes, demande un changement de Constitution et le passage à une VIème République. Depuis 32 ans les écologistes n'ont eu de cesse de réclamer cette nouvelle Constitution. Aujourd'hui, après nous avoir raillés durant trois décennies, il y a tous ceux qui défilent en appellant de leurs souhaits l'avènement de cette fameuse VIème, comme quoi au bout de tout ce temps la victoire des idées nous revient. Ci-dessus la couverture d'ECOLOGIE n°333 de janvier 1980 (journal que j'animais). Pour en savoir plus sur ce blog, allez à mars 2007, bonne lecture.

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Le projet n’est pas journalistique. Le rôle assigné à cette Agence de Presse est de collecter toute information touchant à l’écologie, aussi bien celles militantes que celles du domaine scientifique. Les sources proviennent de tout groupe ou mouvement, de toute association ou personne, intéressés par une diffusion et une circulation plus large de l’information écologique. Il s’agit alors de transmettre toutes les informations réunies, seule liaison hebdomadaire au service des militants et pour sensibiliser les grands médias à l’écologie dont ils ne parlent jamais. Il faut dire que tous les grands journaux et autres médias (radios, télés) sont destinataires d’un ou plusieurs exemplaires gratuits pour des journalistes ciblés Ces services de presse gratuits sont considérés comme un acte militant. De même, toutes les informations insérées dans le bulletin sont gratuites, et seul le montant des abonnements permet au bulletin de l’APRE d’être publié et expédié chaque semaine.

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Le numéro de mai 1986, c'est la catastrophe de Tchernobyl en URSS. Aujourd'hui c'est Fukushima au Japon. L'actualité d'hier ne cesse de rattraper celle d'aujourd'hui. C'est pourquoi , alors que de 1973 à 1992, durant 20 ans, j'ai créé et animé des structures d'éditions, de production et de diffusion de la presse écologiste (Agence Presse Ecologie et Ecologie), 462 numéros parus, 30 dossiers et livres thématiques dont le premier ouvrage généraliste sur l'énergie solaire en France (1976), j'ai décidé de réouvrir cette presse et vous en faire partager les bons morceaux, non pas par nostalgie, mais simplement pour comparer et faire ressurgir ce qui fut un investissement financier important, un réseaux de compétences, de talents, d'intelligence collective et de solidarité. C'est incroyable ce que pour l'écologie, l'actualité d'aujourd'hui colle à celle d'hier. C'est pourquoi lorsque l'information le justifiera,  je vous livrerai des illustrations ou des articles parus durant ces 20 ans de l'APRE et d'ECOLOGIE. Vous serez surpris.

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