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26 mars 2007 1 26 /03 /mars /2007 14:54
L’appel d’Orléans

Conjointement au procès d’Orléans de faucheurs anti-OGM de plein champs qui ont opéré dans le Loiret, se sont tenu les 26 et 27 février 2007 les premiers Etats Généraux pour un moratoire sur les OGM.
Les participants ont lancé « l’appel d’Orléans », c’est-à-dire un moratoire pour un printemps sans OGM. J’ai signé cet appel et fait un lien direct avec l’action des Verts au Conseil régional du Centre en 2002 et 2004 où j’étais intervenu au nom du Groupe pour soutenir la délibération présentée et qui fut votée en Assemblée plénière, dont voici le texte.

Pour une Région Centre sans OGM.


Le 25 octobre 2002, dans ce même hémicycle, une majorité de l’Assemblée régionale a voté (1) un vœu présenté par le Groupe Vert, pour qu’au nom du principe de précaution aucune culture de plantes transgéniques ne puisse être effectuée sur le territoire de la Région Centre. Ce vœu ne remettait pas en question le principe d’une recherche en milieu fermé. Ainsi la Région Centre fut alors la première Région française (2) à se positionner sur les Organismes Génétiquement Modifiés (OGM). Si aujourd’hui une délibération est proposée par nous, au vote de l’Assemblée, c’est qu’il est urgent que le politique prenne ses responsabilités dans un dossier ô combien peu visible à l’œil nu, mais aux conséquences imprévisibles à plus ou moins long terme et aux enjeux de tous ordres : économiques, environnementaux, sanitaires, politiques, scientifiques, éthiques, réglementaires mais aussi juridiques et sociaux.

La vraie question des OGM, c’est qu’elle révolutionne notre conception du vivant. Pour la première fois, l’humanité exploite industriellement des formes de vie nouvelles à partir de gènes artificiels issus de tous les règnes, au seul but de modifier les patrimoines héréditaires. Nous ne sommes plus dans les manipulations génétiques du type hybridations ou les sélections d’espèces qui avaient jusque-là façonné l’évolution de l’agriculture. Cette fois il s’agit d’un changement d’échelle sans précédent : insérer un gène humain, un gène de chien ou de microbe dans du maïs est devenu réalité. Jamais possibilité n’a été bouleversante à ce point, ni susceptible de toucher toutes les espèces. En cela nous jouons avec la biodiversité, la santé et l’environnement avec une légèreté coupable.

D’abord ne confondons pas les OGM entre eux. Qui, ici, s’oppose aux recherches et à l’expérimentation industrielle d’OGM confinés et à la traçabilité réelle à des fins thérapeutiques ? Personne.
Les OGM qui font débat n’entrent pas dans cette catégorie. Ce sont ceux qui sont cultivés en plein champ et qui se trouvent disséminés volontairement dans l’environnement, alors qu’ils possèdent des transgènes qui dérivent de combinaisons artificielles d’ADN de plusieurs organismes.
Mais que sait-on de cette dissémination ?

A grande échelle, c'est-à-dire sur les 70 millions d’hectares cultivés en moins de 10 ans dont 90% sur le continent américain, l’exemple argentin mérite d’être observé avec attention tant sur le plan écologique, qu’économique. Le miroir aux alouettes de la « sojaïsation » transgénique argentine se solde en 7 ans par la perte de leur terre de 150 000 exploitants et par une modification profonde de la microbiologie des sols. Qui plus est, selon des rapports de plus en plus nombreux, à l’évidence les rendements et la qualité de certaines récoltent ne tiennent pas leurs promesses, non pas seulement en Argentine, mais aussi en Inde, en Indonésie, et même aux Etats-Unis où les procès se multiplient entre les semenciers entre eux pour contamination réciproque. Plus grave encore, le Professeur SERALINI, l’un des experts mondiaux les plus compétent, membre de la commission nationale du Génie-Bio-moléculaire et de Bio-vigilance, expert auprès de l’Union Européenne, dans le procès qui oppose l’Europe et les Etats-Unis dans la plainte à l’OMC à propos du moratoire qui interdit l’entrée des plantes OGM en Europe, affirme que « les enquêtes sur les dossiers d’autorisation, en Europe, au Japon et au Canada révèlent que les risques pour l’homme et l’animal sont mal étudiés, mal évalués, voire occultés ». (3).

Outre ce vaste problème de la dissémination, est celui de la marchandisation du vivant. Au début des années 1990, une multinationale semencière (4) avaient tenté avec Terminator d’imposer la marchandisation d’OGM stériles qui ne permettaient plus aux agriculteurs à partir de leur récolte de produire des semences. Devant le tollé des agriculteurs du monde entier, ce semencier a fait marche arrière sur la stérilisation biologique tout en la déplaçant (la stérilisation) sur le plan juridique. C’est ainsi que 150 petits brevets types « Terminator light » aujourd’hui assurent aux multinationales non seulement l’exclusivité du marché mais aussi l’exclusivité de la brevetabilité du vivant. Cette stérilisation juridique pose cette question : une entreprise peut-elle s’arroger - et en tirer profit - la propriété du patrimoine génétique de l’humanité, c'est-à-dire du vivant, dans l’impunité juridique ?

Ce hold-up sur le vivant n’a pas d’autre objectif que le profit, mais qui feint d’ignorer que la dissémination des pollens et des graines génétiquement modifiés et la contamination des autres plantes sont irréversibles et que si par hasard le marché revenait en arrière parce que non rentable, le mal serait définitivement fait.

Sans doute les conséquences de la dissémination des OGM sont moins brutales et spectaculaires que celles d’une irradiation massive, mais tout aussi tragique dans le temps si elles modifient des pans entiers d’écosystèmes, elles peuvent provoquer la disparition des espèces dépendantes de ces écosystèmes, tout en fragilisant à l’extrême l’espèce humaine elle-même.

Sans être visibles, les OGM posent un problème politique majeur dans la mesure où ils impliquent une logique totalitaire. Par la dissémination ils s’imposent au reste : ainsi celui qui cultive des OGM l’impose aux agriculteurs qui ont fait le choix du conventionnel, des labels et du biologique qui seront de fait contaminés. Ainsi les OGM n’arrêteront leur développement qu’une fois « seuls » c'est-à-dire lorsqu’il n’y aura plus que de l’OGM. Voilà pour le caractère totalitaire.

Ce qui est totalitaire doit être combattu par le politique au nom de la démocratie afin de conserver des marges de manœuvre pour favoriser ou freiner tel ou tel type de développement.

Depuis notre vœu d’octobre 2002, la situation autour des OGM ne fait que s’amplifier. Toutes sorte de manifestations se multiplient lors des conférences internationales mais aussi désormais par des arrachages de champ d’OGM au Japon, en Europe ou en Inde. De plus en plus d’élus et de citoyens faute d’être entendus par les autorités s’engagent dans des actes de désobéissance civile. De tels actes signifient qu’un déficit démocratique de la société et du politique existe. Les Verts sont solidaires de tous ceux qui sont poursuivis judiciairement dans leur résistance au caractère totalitaire des OGM et des multinationales qui les imposent au politique sous couvert de développement économique.

Ne nous trompons pas, autour des OGM, c’est la guerre. Ainsi il faut parfois transgresser la Loi pour qu’elle évolue ou encore, être dans l’illégitimité un jour pour être reconnu dans le droit demain. Rappelez-vous du manifeste des 343 Salopes en matière d’avortement ou encore de juin 1940 ou la désobéissance était la nécessité de l’heure. Aujourd’hui devant la multitude d’incertitudes et devant les enjeux que pose le totalitarisme OGM, l’honneur minimum du politique est d’appliquer le principe de précaution sous toutes ses formes.

Sur ce principe de précaution, la recherche a toute sa place, mais encore faut-il que le politique lui donne dans la clarté les moyens d’exercer en toute indépendance ses missions. La réalité est très différente : depuis 15 ans tous les gouvernements français n’ont eu de cesse de demander à la Recherche publique de se rapprocher du privé pour favoriser le maintien de l’emploi et des laboratoires publics. Le résultat c’est que pour le contrôle des seuls OGM, les critères sont établis de manière relativement arbitraire et assez uniforme pour chaque espèce expérimentée. Les commissions ad hoc sont composées souvent de scientifiques de la même spécialité qui connaissent ceux qui font les expériences, sont favorables à ces travaux qui contribuent au développement de la recherche et économiquement de leur discipline. Avec le recul, on peut affirmer qu’il s’agit d’une sorte de corporatisme science-industrie dont les partenaires s’entraident et se promeuvent entre eux. A votre avis, d’après vous qui achète les brevets issus de la Recherche publique ?

Parallèlement depuis 1986, l’Etat n’a établi aucune méthode des dosages expérimentaux des OGM. Cette affaire de dosage étant considérée comme peu rentable. De plus la recherche fut-elle publique n’a pas d’évaluation de ses expériences en plein champ et leurs conséquences sur les autres cultures environnantes. Que dire des OGM jamais testés sur la santé ? Les Verts réaffirment le besoin d’une expertise et d’une méthode de dosage indépendante pour les OGM, dont seule la Recherche publique pourrait être la garante à la seule condition qu’elle ne soit en aucune manière juge et partie.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur un domaine aussi sensible. Après avoir voté la première l’an passé une Charte Régionale du Développement Durable, 2ème Région agricole de France, la Région Centre doit rester une Région sans OGM à l’instar de douzaine d’autres Régions qui ont déjà voté en 2004 de telles délibérations (5). Voilà pour nous, politiques, comment faire acte de résistance au caractère autoritaire des OGM.

Une dernière information, les Etats-Unis, l’Argentine et le Canada qui à eux seuls exploitent 90% de ces cultures n’ont pas signé le protocole international de biosécurité adopté à Carthagène en 2000.

(1) Le PS s’est abstenu.
(2) La Région Aquitaine a voté un vœu semblable environ trois semaines après.
(3) Autorisé à la mise sur le marché en France et en Europe, le MON 863, un mais transgénique, conçu par MONSANTO, est mis en cause par la publication le 13 mars 2007 dans la revue Archives of Environemental Contamination and Toxicology d’une étude qui suggère la toxicité de cet organisme génétiquement modifié pour le foie et les reins. Le professeur SERALINI est l’un des principaux auteurs de cette étude et par ailleurs Président du Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique (CRIIGEN).
(4) MONSANTO
(5) Après avoir voté la première un vœu anti-OGM en 2002, sur une délibération la Région Centre est passée 12ème ou 13ème Région à voter une délibération anti-OGM.

Actions en ce moment pour un moratoire sur les OGM

Actuellement, se tient à Paris une exposition sur les nanotechnologies à la Cité des Sciences : "expo nano – la technologie prend une nouvelle dimension" (du 20 mars au 2 septembre). Des grévistes de la faim et des militants souhaitent attirer l’attention sur les dérives de la science quand celle-ci se développe sans la consultation des citoyens : "science sans conscience n’est que ruine de l’âme". Ils sont soutenus sur place par des militants qui informent les visiteurs et font signer "l’Appel d’Orléans pour un printemps sans OGM".

Les nanotechnologies, comme les biotechnologies, sont emblématiques de l’appropriation de la "science" par quelques intérêts privés. De nouvelles technologies sont lancées sur le marché alors que les conséquences à long terme ne sont pas étudiées. Le principe de précaution, inscrit dans la Charte de l’environnement adossé à la Constitution française, est à nouveau bafoué.

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Publié par Burgunder - dans Société
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L'expo est terminée, les oeuvres restent....numérisation0781

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PUSSY RIOT, RESTONS MOBILISES JUSQU'A LEUR LIBERATION

 

Nadejda Tolokonnikova (22 ans), Ekaterina Samoutsevitch (29 ans), et Maria Alekhina (24 ans), quasiment inconnues jusqu'alors, ont été condamnées le 17 août 2012 à deux ans de détention en camp pour «hooliganisme» et «incitation à la haine religieuse» pour avoir chanté en février, encagoulées, avec guitares et sonorisation, une «prière punk» d'une minute trente dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou, demandant à la Sainte Vierge de «chasser Poutine». Cinq des dix chanteuses du Groupe Pussy Riot ont pris part à l'action, trois ont été arrêtées, les deux autres sont en fuite... Elles ont fait appel du jugement. Les artistes français sont restés d'une discrétion étonnante.

 

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VIème République, 1980 une idée part, 2012 une idée...

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C'est au "Club de la Presse" d'Europe 1, le 30 novembre 1980, que Brice Lalonde, candidat aux présidentielles de 1981 de l'ensemble des écologistes, demande un changement de Constitution et le passage à une VIème République. Depuis 32 ans les écologistes n'ont eu de cesse de réclamer cette nouvelle Constitution. Aujourd'hui, après nous avoir raillés durant trois décennies, il y a tous ceux qui défilent en appellant de leurs souhaits l'avènement de cette fameuse VIème, comme quoi au bout de tout ce temps la victoire des idées nous revient. Ci-dessus la couverture d'ECOLOGIE n°333 de janvier 1980 (journal que j'animais). Pour en savoir plus sur ce blog, allez à mars 2007, bonne lecture.

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Prendre l'air...

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L'info d'hier et d'aujourd'hui

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En 1970, l’information militante écologiste ne passe pas, c’est le blocage dans les médias nationaux et plus encore régionaux. Outre le mépris de cette « grande presse », la communication et la liaison entre la multitude des groupes écologistes sont inexistantes à l’exception des écrits et des notes de Pierre Fournier dans Charlie Hebdo et des bonnes adresses dans le mensuel Actuel.

 

Le « Tout passe » est la formule clé qui fait toute l’originalité de l’APRE. L’équipe technique de Montargis se contente alors de rassembler les informations envoyées par les groupes ou individus, de les classer, les présenter, les envoyer aux abonnés et à l’ensemble de la presse. « Tout Passe », même parfois les réflexions les plus saugrenues, mais l’APRE est un lieu d’expression ouvert à tous, sans exclusive idéologique, culturelle ou spirituelle, sans qu’aucune sélection ne soit opérée. Avec les moyens de l’époque, nous étions déjà dans la démarche et l’esprit des réseaux sociaux d’aujourd’hui, la technologie en moins.

 

Le projet n’est pas journalistique. Le rôle assigné à cette Agence de Presse est de collecter toute information touchant à l’écologie, aussi bien celles militantes que celles du domaine scientifique. Les sources proviennent de tout groupe ou mouvement, de toute association ou personne, intéressés par une diffusion et une circulation plus large de l’information écologique. Il s’agit alors de transmettre toutes les informations réunies, seule liaison hebdomadaire au service des militants et pour sensibiliser les grands médias à l’écologie dont ils ne parlent jamais. Il faut dire que tous les grands journaux et autres médias (radios, télés) sont destinataires d’un ou plusieurs exemplaires gratuits pour des journalistes ciblés Ces services de presse gratuits sont considérés comme un acte militant. De même, toutes les informations insérées dans le bulletin sont gratuites, et seul le montant des abonnements permet au bulletin de l’APRE d’être publié et expédié chaque semaine.

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Le numéro d'avril 1979 d'ECOLOGIE annonce à sa " une" l'accident nucléaire de Three Mile Island, et également Europe Ecologie qui annonce sa candidature aux élections européennes du mois de juin. Les Ecologistes ont obtenu 7,4% aux élections cantonales.

 

Le numéro de mai 1986, c'est la catastrophe de Tchernobyl en URSS. Aujourd'hui c'est Fukushima au Japon. L'actualité d'hier ne cesse de rattraper celle d'aujourd'hui. C'est pourquoi , alors que de 1973 à 1992, durant 20 ans, j'ai créé et animé des structures d'éditions, de production et de diffusion de la presse écologiste (Agence Presse Ecologie et Ecologie), 462 numéros parus, 30 dossiers et livres thématiques dont le premier ouvrage généraliste sur l'énergie solaire en France (1976), j'ai décidé de réouvrir cette presse et vous en faire partager les bons morceaux, non pas par nostalgie, mais simplement pour comparer et faire ressurgir ce qui fut un investissement financier important, un réseaux de compétences, de talents, d'intelligence collective et de solidarité. C'est incroyable ce que pour l'écologie, l'actualité d'aujourd'hui colle à celle d'hier. C'est pourquoi lorsque l'information le justifiera,  je vous livrerai des illustrations ou des articles parus durant ces 20 ans de l'APRE et d'ECOLOGIE. Vous serez surpris.

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