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4 février 2009 3 04 /02 /février /2009 14:30

  SOUTIEN

ET SOLIDARITE


La météo du dimanche soir 1er février n’est pas favorable. Neige et verglas s’invitent au rendez-vous , au rendez-vous sur 27 départements déclarés en zone orange (dont les nôtres) pour le Lundi 2 février. Peu importe, ma décision est prise, j’irai à Millançay. Avec Valérie Queralt, adhérente verte de l’est-Loiret (vous savez celle qui avec Pierre et quelques autres construisent depuis un an et demi une maison bois et paille pour leur tribu) nous avons décidé de faire du covoiturage. Sur les petites routes de campagne un peu de neige et à partir d’Orléans de la pluie.


 

Ambiance…le temps est gris, bouché et humide. Nous arrivons à Millançay à midi juste et c’est les pieds dans la boue que nous nous mêlons aux personnes qui s’agglutinent tant bien que mal autour et dans la ferme (environ 150). Sans doute nous aurions pu être plus nombreux, mais un lundi beaucoup travaillent. De plus, l’alerte a été lancée trop peu de temps avant et n’a pas permis à beaucoup de s’organiser pour faire le déplacement, sans compter la météo.


le matériel à vendre était exposé dans la cour de la ferme

 

Le matériel saisi et destiné à la vente est exposé dans l’une des cours de la ferme : divers engins agricoles, véhicules utilitaires, tracteurs, remorques et petits matériels. Sous la pluie, on fait le tour de cet étalage qui n’est pas de première jeunesse mais qui fonctionne toujours et donc reste utile à l’exploitation. Le matériel des salles du centre de formation est lui aussi à vendre mais est resté en situation bien à l’abri.

 

France 3, presse écrite et radio locale sont présents. Avant le repas Philippe Desbrosses fait le point de la situation. La salle est bondée et tous ne peuvent entrer. Toute la partie immobilière (bâtiments et dépendances) et les terres ne sont pas concernées par cette histoire et donc pas menacées de vente. Seuls les outils de travail sont saisis et mis en vente à l’exception du matériel en leasing bien évidemment. Autre précision, la procédure judiciaire n’est pas terminée sur le fond. Finalement cette saisie-vente est un « accroc» de plus dans la vie mouvementée de la Ferme Sainte Marthe.


 

                             mise en commun des victuailles, dans la bonne humeur


Quand je parle d’accroc, c’est qu’avec l’expérience et l’observation de cas similaires, j’ai constaté que toute démarche alternative forte qui engage plus qu’une simple production n’a pas une vie économique linéaire. La prise de risque est amplifiée par le caractère expérimental, donc par définition peu ou pas codée. Cela ne permet pas d’être dans le risque zéro, je dirais même, nous en sommes très loin. Dans la normalité chaque entrepreneur sait déjà cela, mais quand vous avancez dans l’expérimentation (je ne parle pas de production de légumes ou autres) mais dans la construction de stratégies de développement d’idées matérialisées par une production concrète et commerciale, la volatilité du risque est explosive. Dès qu’on sort du concept intellectuel et fantasmé, la réalité du passage à l’acte peut devenir redoutable. Aujourd’hui, ce n’est pas le sujet de mes impressions de cette journée particulière, mais à partir de ce qui se joue autour de la Ferme Sainte Marthe, je serai amené à aller plus loin et affiner la réflexion afin que ceux qui veulent bien s’en donner la peine réfléchissent au-delà des a priori de toutes sortes et des « y’avait qu’à ».

 

Chacun et chacune avait amené son panier. C’est réparti dans différents pièces de la ferme que la mise en commun des victuailles s'est naturellement faite. Ainsi, nous nous sommes restaurés collectivement dans une convivialité chaleureuse, grave, déterminée et combattive compte tenu des circonstances.

 

Vers 13h30, les premiers acheteurs (pour l’essentiel des agriculteurs) sont arrivés et soupesaient du regard le matériel mis en vente. Un petit mot d’accueil leur a été remis pour les informer de la situation et du contexte particulier mais plus encore pour les inviter à ne pas rentrer dans le jeu de la vente par la surrenchère.


 

                                            les premiers acheteurs potentiels

A vrai dire, ils le savaient tous. Pour s'en persuader il suffisait de laisser traîner ses oreilles pour surprendre quelques commentaires du genre : "normal ce qui arrive, la bio ça ne peut pas marcher ni nourrir son homme..." et quelques autres remarques du même jus.

 

Sous un hangard donnant sur la cour, une estrade avec sono a été dressée. Coline Serrault et sa troupe devaient être du pique -nique. C'était sans compter avec la neige qui dans la région parisienne, le matin, a désorganisé le trafic ferroviaire, bloquant Coline et les siens à la gare d'Austerlizt (voir son message de soutien - par mail- qui fut lu par Philippe Desbrosses). Petit discours : celui de Philippe, de Bienvenue Assyi du Sénégal, de Jeanny Lorgeoux Maire de Romorantin et de moi-même. La pluie ne cesse pas...

 

L'heure de la vente est arrivée. Le commissaire priseur un peu à la manière d'un arbitre sportif, prend la parole et fixe les règles du déroulement des enchères. Il fixe également l'esprit dans lequel il espère voir la vente se dérouler et souhaite qu'entre les acheteurs et le "comité de soutien" ne s'installe pas une rivalité agressive, voire violente. Cela tombe bien, puisque nous sommes tout à fait dans cet état d'esprit.


                                   le commissaire-priseur

Les enchères débutent : 300 euros, 350... qui dit mieux ? 360, non 400 dit le commissaire, non, adjugé à 350, et ainsi de suite. Revue de détail et descriptif du matériel et les mises à prix se succèdent : 600 euros... 650...700 etc, adjugé. Engin après engin, tracteur après tracteur, remorque et ainsi de suite la vente se poursuit toujours sous la pluie.


Mais ici, la solidarité n'est pas un vain mot, ni un concept intellectuel. On passe à l'acte. Les personnels et les comités de soutien au fil de la vente ont racheté l'essentiel du matériel ce qui va permettre de poursuivre l'exploitation de la ferme. Les personnels dans un lieu expérimental et alternatif ne sont pas là par hasard. Ce sont aussi des militants engagés. Ils défendent une philosophie, un projet de société qui dans le cas présent passe par une confrontation entre deux types d'agriculture, je dis bien agriculture et non pas d'une confrontation entre agriculteurs. Les agriculteurs du conventionnel sont déjà morts, mais ils ne le savent pas, trompés qu'ils sont par les multinationales de tous poils. En attendant, lors de cette vente, intimidés et paralysés par notre présence et celle des caméras et appareils photo et quelques acheteurs potentiels n'ont pas surenchéri. Et le peu qu'ils ont emporté, c'est tout simplement ce que le "comité de soutien" ne voyait plus utile du matériel concerné. Depuis quatre jours, les messages de soutien arrivent de partout, de France et de la terre entière. L'affaire n'est pas terminée, un jugement doit intervenir en juin prochain. C'est pourquoi une résistance active et concrête se met en place pour défendre un lieu et son activité qui est un bien commun et une référence pour ceux qui à travers l'agriculture biologique défendent des valeurs écologistes et universelles.


Philippe Desbrosses, durant les enchères

Au ret
our, il pleuvait toujours, mais il nous paraissait  nécessaire d'avoir fait le voyage car au-delà des faits objectifs, en politique les symboles sont tout aussi importants. A suivre...


sous la pluie, les pieds dans la glaise...

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Publié par Burgunder - dans Société
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  • : Au-delà de mes opinions écologistes et de mon engagement depuis 1970, je suis libre de ma pensée et un citoyen comme les autres. J'ai mes certitudes, mes doutes, mes questionnements, mes coups de cœur, mes espoirs, mes colères et une curiosité toujours en éveil. De plus, sur ce blog, je ne me limite pas à la politique institutionnelle mais élargi ce périmètre à toutes les dimensions de la vie. La politique n’est-elle pas la vie de la citée ?
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VIème République, 1980 une idée part, 2012 une idée...

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C'est au "Club de la Presse" d'Europe 1, le 30 novembre 1980, que Brice Lalonde, candidat aux présidentielles de 1981 de l'ensemble des écologistes, demande un changement de Constitution et le passage à une VIème République. Depuis 32 ans les écologistes n'ont eu de cesse de réclamer cette nouvelle Constitution. Aujourd'hui, après nous avoir raillés durant trois décennies, il y a tous ceux qui défilent en appellant de leurs souhaits l'avènement de cette fameuse VIème, comme quoi au bout de tout ce temps la victoire des idées nous revient. Ci-dessus la couverture d'ECOLOGIE n°333 de janvier 1980 (journal que j'animais). Pour en savoir plus sur ce blog, allez à mars 2007, bonne lecture.

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Prendre l'air...

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L'info d'hier et d'aujourd'hui

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En 1970, l’information militante écologiste ne passe pas, c’est le blocage dans les médias nationaux et plus encore régionaux. Outre le mépris de cette « grande presse », la communication et la liaison entre la multitude des groupes écologistes sont inexistantes à l’exception des écrits et des notes de Pierre Fournier dans Charlie Hebdo et des bonnes adresses dans le mensuel Actuel.

 

Le « Tout passe » est la formule clé qui fait toute l’originalité de l’APRE. L’équipe technique de Montargis se contente alors de rassembler les informations envoyées par les groupes ou individus, de les classer, les présenter, les envoyer aux abonnés et à l’ensemble de la presse. « Tout Passe », même parfois les réflexions les plus saugrenues, mais l’APRE est un lieu d’expression ouvert à tous, sans exclusive idéologique, culturelle ou spirituelle, sans qu’aucune sélection ne soit opérée. Avec les moyens de l’époque, nous étions déjà dans la démarche et l’esprit des réseaux sociaux d’aujourd’hui, la technologie en moins.

 

Le projet n’est pas journalistique. Le rôle assigné à cette Agence de Presse est de collecter toute information touchant à l’écologie, aussi bien celles militantes que celles du domaine scientifique. Les sources proviennent de tout groupe ou mouvement, de toute association ou personne, intéressés par une diffusion et une circulation plus large de l’information écologique. Il s’agit alors de transmettre toutes les informations réunies, seule liaison hebdomadaire au service des militants et pour sensibiliser les grands médias à l’écologie dont ils ne parlent jamais. Il faut dire que tous les grands journaux et autres médias (radios, télés) sont destinataires d’un ou plusieurs exemplaires gratuits pour des journalistes ciblés Ces services de presse gratuits sont considérés comme un acte militant. De même, toutes les informations insérées dans le bulletin sont gratuites, et seul le montant des abonnements permet au bulletin de l’APRE d’être publié et expédié chaque semaine.

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Le numéro d'avril 1979 d'ECOLOGIE annonce à sa " une" l'accident nucléaire de Three Mile Island, et également Europe Ecologie qui annonce sa candidature aux élections européennes du mois de juin. Les Ecologistes ont obtenu 7,4% aux élections cantonales.

 

Le numéro de mai 1986, c'est la catastrophe de Tchernobyl en URSS. Aujourd'hui c'est Fukushima au Japon. L'actualité d'hier ne cesse de rattraper celle d'aujourd'hui. C'est pourquoi , alors que de 1973 à 1992, durant 20 ans, j'ai créé et animé des structures d'éditions, de production et de diffusion de la presse écologiste (Agence Presse Ecologie et Ecologie), 462 numéros parus, 30 dossiers et livres thématiques dont le premier ouvrage généraliste sur l'énergie solaire en France (1976), j'ai décidé de réouvrir cette presse et vous en faire partager les bons morceaux, non pas par nostalgie, mais simplement pour comparer et faire ressurgir ce qui fut un investissement financier important, un réseaux de compétences, de talents, d'intelligence collective et de solidarité. C'est incroyable ce que pour l'écologie, l'actualité d'aujourd'hui colle à celle d'hier. C'est pourquoi lorsque l'information le justifiera,  je vous livrerai des illustrations ou des articles parus durant ces 20 ans de l'APRE et d'ECOLOGIE. Vous serez surpris.

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