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9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 09:12

Comme annoncé dans l'article précédent et à la veille de marquer notre solidarité avec le Japon, je pense important de mettre nos actions d'aujourd'hui en perspective avec celles d'hier. Notre combat pour la sortie du nucléaire s'inscrit dans le refus du nucléaire des années 70, à savoir celui déjà d'entrer dans le nucléaire. Nombres d'arguments d'hier restent d'actualité aujourd'hui. Comme promis voici un article paru dans ECOLOGIE-INFOS n° 380 de juin 1987, qui retrace à cette date, à la fois l'histoire de l'anti-nucléaire en France et propose des perspectives de lutte pour les années à venir et particulièrement la naissance d'un mouvement anti nucléaire unifié avec la création du "Réseau pour un avenir sans nucléaire". Cet article sera suivi par celui qui sera le premier appel à manifester à Paris le 20 juin 1987, et qui marque un tournant dans l'histoire anti-nucléaire française. 

LA DEUXIEME MANCHE

 

Le nucléaire est là : quelques dizaines de sites dans toute la France montrent que, grosso-modo, les nucléocrates ont réussi à imposer leur plan malgré les luttes de ceux qui ne voulaient pas de leur réalisation. Une immense vague de dégoût et de découragement s’en est suivie. Certains ont abandonné le combat, d’autres hésitent à le rejoindre parce que le nucléaire serait désormais une réalité. La victoire d’EDF est un fait : pour beaucoup de copains, le nucléaire est certes toujours dangereux et condamnable, mais contre lui, il n’y a plus de lutte possible.

 

Par François BERTHOUT

 

numérisation0175Rien n’est moins sûr. Notre échec d’hier peut s’analyser comme une bataille perdue dans des circonstances particulières ; la victoire d’EDF est loin d’être totale. Enfin, peu à peu s’esquissent les contours d’un avenir sans nucléaire.

 

La bataille perdue.

 

Le 5 mars 1974, le gouvernement français se lance dans le nucléaire à tout va. Si, selon certains, le gouvernement s’est décidé en trois jours, il est en tout cas certain que la préparation du « plan Messmer » était manifestement insuffisante. Cela reflète bien l’inconscience dans laquelle la « crise pétrolière » trouvait la France. Impréparation des officiels, mais aussi des dissidents ! Et pour ceux-ci, qui n’avaient d’autre force que les idées, le manque de réflexion ne pouvait pardonner.

 

Les partisans du nucléaire avaient eux d’autres moyens d’imposer leurs projets. Et ils ne se sont pas faits faute de les employer. Une fois effectué le choix délicat de la filière à eau pressurisée, le programme électronucléaire fut réalisé par un appareil uni. Sans état d’âme ni dissension apparente, CEA, EDF et appareils d’état présentèrent un fond sans failles : la nucléocratie n’était ni une injure gratuite, ni un vain mot.

 

Matraques et grenades, enquêtes bidon et informations mensongères, tout fut mis en œuvre pour imposer les constructions sur les sites choisis. Le nucléaire n’en était encore qu’à ses balbutiements, et pour beaucoup de gens, de journalistes notamment, il n’y avait pas alors d’éléments de  décision très probants. On devait s’en rapporter à la parole des uns ou des autres. A ce jour, les joyeux lurons chevelus et barbus n’avaient pas le poids sérieux de leurs adversaires principaux dignitaires scientifiques français, dont le CEA était le sanctuaire, joyaux parés du prestige des grands ancêtres, progressistes de surcroît, renforcés par les cocoricos gaullistes.

 numérisation0217

Enfin, il serait faux et dangereux d’oublier que le mouvement antinucléaire ne fut pas toujours à la hauteur de sa nécessité. Débats stériles, querelles organisationnelles, affrontements personnels absorbèrent bien des réunions qu’on aurait pu mieux employer. Il n’y eut bien souvent qu’un regroupement d’opposants locaux refusant leur centrale, et de militants politiques en mal de programme et de troupes. Pris dans le grand mouvement de remise en cause des mythes révolutionnaires classiques, vivant néanmoins toujours dans l’ombre des socialistes (dont certains se sentaient une sous-espèce et dont bon nombre espérait une rupture avec le tout nucléaire giscardien), le mouvement nucléaire ne réussit guère à se structurer, à développer un projet.

 

Après le 10 mai 81, le premier mouvement antinucléaire livra ses derniers combats et rendit ses derniers soupirs.

 

Pour EDF, une victoire à la Pyrrhus

 

La victoire des pro-nucléaires était complète : le ralliement  total du PS à la logique nucléaire en octobre 81 renvoyait aux calandes grecques toute perspective de débat démocratique et de nouvelles poliques énergétiques. Dans le grand silence qui s’en suivit, s’opérait la donne d’une nouvelle partie.

 

Victoire politique certes pour EDF, mais tout n’était pas réglé pour autant. La victoire se doublait de ratés techniques et d’un échec économique. La liste des incidents est longue, de La Hague à Super Phénix. Tant qu’ils n’étaient guère connus, cela ne modifiait pas sensiblement la situation. Mais peu à peu se répandait, au moins dans les milieux de l’information, dans les environs des installations, que le nucléaire n’était pas une technologie maîtrisée. Surtout, EDF n’obtenait pas le résultat qu’elle escomptait sur le plan économique, P1100268s’empêtrant dans une dette colossale, en grande partie en monnaie forte, n’obtenant pas l’autorisation d’augmenter ses prix comme elle le souhaitait, elle ne pouvait maintenir ses prétentions et diminuait ses demandes de construction de centrales. Elle n’arrivait même pas à installer un réseau à la hauteur de sa capacité de production. Le nucléaire absorbait toutes les possibilités financières. Le problème se pose bien au-delà de la trésorerie d’EDF. Cette mobilisation extraordinaire de capitaux handicapait lourdement la modernisation de l’industrie française par rapport à ses concurrents internationaux. En outre, l’électricité ne pénétrait guère la société française. Si dans le secteur de l’habitat le chauffage électrique progressait en raison d’une politique délibérée et contraignante, dans le secteur industriel la consommation n’augmentait pratiquement pas. Entre le ralentissement de l’activité économique et le développement d’industries peu énergivores, la prétendue loi du doublement de la consommation d’énergie tous les dix ans passait au rang des souvenirs, aucun électricien n’ose plus l’évoquer… En outre, l’accident de Harrisburg en 1979 induisait dans presque tous les pays du monde une révision des politiques nucléaires. Les perspectives d’exportation des centrales s’effondraient, le »créneau » dans lequel l’état Giscard nous proposait d’engager l’industrie française s’avérait un pur leurre.

 

Si tout cela se passait dans la pénombre, il est manifeste que cela induisait des fissures dans le petit monde du nucléaire. Si les industriels du seul nucléaire et le CEA continuent d’essayer de maintenir leur raison de vivre, EDF est plus circonspecte et le gouvernement hésitant.

 

Tchernobyl relance la partie

 

La catastrophe ukrainienne allait remettre les problèmes du nucléaire sur la place publique. Le nucléocratie française manœuvrait  d’une façon lamentable se croyant encore dix ans plus tôt. Ne prenant pas la mesure de la transformation des médias, elle accumulait silence et omission. Elle allait perdre en quelques jours le prestige dont elle jouissait encore. Les Français allaient se convaincre que des hommes de science, à priori intègres, mentaient comme des maquignons de bas étages. Non seulement l’accident apparaissait possible et grave pour les Russes, mais aussi dangereux pour nous, mais les savants cachaient ce qu’il en résultait ici.

 

Là dessus se greffe une nouvelle sensibilité des médias et de l’opinion. Les récents incidents de Tricastin déjà, Pierrelatte et Malville l’ont confirmée. Tous les sondages montrent une profonde évolution de la perception desnumerisation0035.jpg Français. Le nucléaire est dangereux même s’il est encore pensé comme nécessaire.

 

C’est à démontrer cette fausse évidence que nous devons nous employer. A partir des travaux élaborés à la Conférence alternative sur l’énergie à Cannes à l’automne dernier, nous devons montrer qu’il est possible d’abandonner le nucléaire dans une période allant de cinq à dix ans, ce sera le thème de la manifestation du 20 juin à Paris. En nous appuyant sur ces populations convaincues de la gravité du nucléaire, nous devons construire un nouveau mouvement antinucléaire dont « le Réseau pour un avenir sans nucléaire » (1) peut être l’embryon.

 

90, rue Vergniaud, 75013 Paris.

Note du blog : ce fut la première adresse des Verts nationaux.

 

Photos: au centre, Ecologie. A gauche en couleur, JLB

Dessin de Cabu, ECOLOGIE-INFOS n° 380

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Publié par BURGUNDER Jean-Luc - dans Ecologie
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Edward Hopper

L'expo est terminée, les oeuvres restent....numérisation0781

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PUSSY RIOT, RESTONS MOBILISES JUSQU'A LEUR LIBERATION

 

Nadejda Tolokonnikova (22 ans), Ekaterina Samoutsevitch (29 ans), et Maria Alekhina (24 ans), quasiment inconnues jusqu'alors, ont été condamnées le 17 août 2012 à deux ans de détention en camp pour «hooliganisme» et «incitation à la haine religieuse» pour avoir chanté en février, encagoulées, avec guitares et sonorisation, une «prière punk» d'une minute trente dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou, demandant à la Sainte Vierge de «chasser Poutine». Cinq des dix chanteuses du Groupe Pussy Riot ont pris part à l'action, trois ont été arrêtées, les deux autres sont en fuite... Elles ont fait appel du jugement. Les artistes français sont restés d'une discrétion étonnante.

 

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Nadejda Tolokonnikova

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VIème République, 1980 une idée part, 2012 une idée...

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C'est au "Club de la Presse" d'Europe 1, le 30 novembre 1980, que Brice Lalonde, candidat aux présidentielles de 1981 de l'ensemble des écologistes, demande un changement de Constitution et le passage à une VIème République. Depuis 32 ans les écologistes n'ont eu de cesse de réclamer cette nouvelle Constitution. Aujourd'hui, après nous avoir raillés durant trois décennies, il y a tous ceux qui défilent en appellant de leurs souhaits l'avènement de cette fameuse VIème, comme quoi au bout de tout ce temps la victoire des idées nous revient. Ci-dessus la couverture d'ECOLOGIE n°333 de janvier 1980 (journal que j'animais). Pour en savoir plus sur ce blog, allez à mars 2007, bonne lecture.

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Prendre l'air...

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L'info d'hier et d'aujourd'hui

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En 1970, l’information militante écologiste ne passe pas, c’est le blocage dans les médias nationaux et plus encore régionaux. Outre le mépris de cette « grande presse », la communication et la liaison entre la multitude des groupes écologistes sont inexistantes à l’exception des écrits et des notes de Pierre Fournier dans Charlie Hebdo et des bonnes adresses dans le mensuel Actuel.

 

Le « Tout passe » est la formule clé qui fait toute l’originalité de l’APRE. L’équipe technique de Montargis se contente alors de rassembler les informations envoyées par les groupes ou individus, de les classer, les présenter, les envoyer aux abonnés et à l’ensemble de la presse. « Tout Passe », même parfois les réflexions les plus saugrenues, mais l’APRE est un lieu d’expression ouvert à tous, sans exclusive idéologique, culturelle ou spirituelle, sans qu’aucune sélection ne soit opérée. Avec les moyens de l’époque, nous étions déjà dans la démarche et l’esprit des réseaux sociaux d’aujourd’hui, la technologie en moins.

 

Le projet n’est pas journalistique. Le rôle assigné à cette Agence de Presse est de collecter toute information touchant à l’écologie, aussi bien celles militantes que celles du domaine scientifique. Les sources proviennent de tout groupe ou mouvement, de toute association ou personne, intéressés par une diffusion et une circulation plus large de l’information écologique. Il s’agit alors de transmettre toutes les informations réunies, seule liaison hebdomadaire au service des militants et pour sensibiliser les grands médias à l’écologie dont ils ne parlent jamais. Il faut dire que tous les grands journaux et autres médias (radios, télés) sont destinataires d’un ou plusieurs exemplaires gratuits pour des journalistes ciblés Ces services de presse gratuits sont considérés comme un acte militant. De même, toutes les informations insérées dans le bulletin sont gratuites, et seul le montant des abonnements permet au bulletin de l’APRE d’être publié et expédié chaque semaine.

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Le numéro d'avril 1979 d'ECOLOGIE annonce à sa " une" l'accident nucléaire de Three Mile Island, et également Europe Ecologie qui annonce sa candidature aux élections européennes du mois de juin. Les Ecologistes ont obtenu 7,4% aux élections cantonales.

 

Le numéro de mai 1986, c'est la catastrophe de Tchernobyl en URSS. Aujourd'hui c'est Fukushima au Japon. L'actualité d'hier ne cesse de rattraper celle d'aujourd'hui. C'est pourquoi , alors que de 1973 à 1992, durant 20 ans, j'ai créé et animé des structures d'éditions, de production et de diffusion de la presse écologiste (Agence Presse Ecologie et Ecologie), 462 numéros parus, 30 dossiers et livres thématiques dont le premier ouvrage généraliste sur l'énergie solaire en France (1976), j'ai décidé de réouvrir cette presse et vous en faire partager les bons morceaux, non pas par nostalgie, mais simplement pour comparer et faire ressurgir ce qui fut un investissement financier important, un réseaux de compétences, de talents, d'intelligence collective et de solidarité. C'est incroyable ce que pour l'écologie, l'actualité d'aujourd'hui colle à celle d'hier. C'est pourquoi lorsque l'information le justifiera,  je vous livrerai des illustrations ou des articles parus durant ces 20 ans de l'APRE et d'ECOLOGIE. Vous serez surpris.

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