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22 janvier 2008 2 22 /01 /janvier /2008 18:41
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Sarko
le poids des mots


Avant d’aller plus avant et d’observer et « d’entendre » le fonctionnement de Sarkosy, il me parait nécessaire de mesurer le contexte dans lequel se sont inscrites les élections présidentielles et législatives de 2007. D’abord, des français inquiets de l’avenir : économique, social et environnemental, le tout sur fond de mondialisation. Mais aussi des français en rupture et en désamour du politique. En mars 2007, trois sur cinq ne faisaient confiance à aucun des deux camps pour gouverner. Coincé entre la Chine, Google et le réchauffement climatique, il est évident que le politique ne parait plus savoir comment répondre à ce capitalisme volatile et sans frontière qui laisse des états nations socialement structurés autour d’une société post-industrielle totalement bouleversée et obsolète sur nos territoires (voir les délocalisations, etc…). Comment répondre à ces défis qui n’auraient pas d’autres solutions que de subir le joug d’un libéralisme barbare totalement décomplexé et sans état d’âme ? Depuis 2002 la question était pourtant très claire à tout observateur attentif et responsable : comment réinventer sur fond de crise écologique majeure : le politique, le social, l’éducation, le système de santé, la justice, l’équilibre des territoires, les relations internationales, dans un principe de solidarité avec tout ce que cela oblige de réformes sur le fond et la forme. Comment l’imaginer et le réaliser dans une démocratie française en grande souffrance ?

Cela pose implicitement la question du pouvoir et du régime. La dictature impose à la population ses volontés par la force ou la pression. Elle peut conserver une part intime de culture et de discernement, dès lors qu’elle respecte l’ordre établi (les exemples sont nombreux). De son côté, la démocratie d’aujourd’hui louvoie et triche. Au-delà des élections qui cadencent son existence, il lui faut désinformer ou abrutir sa population pour que celle-ci consomme le plus possible afin de faire tourner l’économie de marché qui entretient le système et sur lequel jusqu’à aujourd’hui la démocratie est adossée. Or, la mondialisation (globalisation de l’économie) accélère la soif de profits et déstabilise la démocratie politique et sociale telle que nous la vivions jusqu’alors, par un hégémonisme qui ne dit pas son nom.

Comment un citoyen peut-il aujourd’hui se construire une opinion dans une démocratie qui ne le lui permet plus, tant la pression médiatique est orientée par le marché et domine le quotidien sur tous les sujets ? Les médias dans leur diversité, pour l’essentiel d’entre eux dépendent de groupes financiers et industriels dont les cœurs de métiers ne sont pas l’information et qui ont en priorité des intérêts particuliers à défendre. En terme d’information, nous ne sommes pas dans une démarche d’intérêt général et collectif. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant de constater qu’une majorité d’électeurs sont inconsciemment orientés dans leurs choix et votes contre leurs propres conditions de vie et finalement contre eux-mêmes, au bénéfice d’un profit qui les dépasse et détermine leurs conditions de vie.

Cette suprématie de la société de communication laisse peu de chance à une action politique maîtrisée et inscrite dans la durée. La vie n’est pas figée et demande sans cesse adaptation et réforme. Ce qui fut intéressant et prioritaire à une époque ne l’est plus forcément à une autre. Cependant, ce qui pour moi est le fondement de la politique, c’est le sens, la cohérence et la culture que l’on donne à l’action publique avec un objectif et une vision d’avenir. C’est une affaire de valeurs et de repères, toujours perfectibles, qui s’adaptent aux besoins du moment sans pour autant se dissoudre dans l’urgence de l’instant (la solidarité par exemple).

Cette question du pouvoir et du régime institutionnel dans lequel nous évoluons, est plus que jamais d’actualité. Le candidat et président élu en mai dernier n’incarnerait-il pas la synthèse d’un régime autoritaire (qui ne dit pas son nom) et l’exécuteur d’un formalisme démocratique représentant les grands groupes de l’économie de marché ? Nicolas Sarkosy n’est-il pas le produit politique d’un système qui associe très étroitement la grande consommation, les loisirs, le marché, les médias et l’expression politique ? Il suffit d’observer attentivement sa manière d’exercer sa fonction dans laquelle se profilent et s’imposent le pouvoir personnel : réseaux de copains (et coquins), affaires et bons sentiments. Postmoderne, il ne fait pas dans le populisme mais dans le « people ». Il n’avance pas, il court et vit en temps réel, sans retenue et sans frontière aux limites des convenances, de la dignité et du droit.

La rupture annoncée, c’est l’incroyable énergie qu’il déploie pour faire exploser l’existant et remodeler la société française selon lui-même et ses fantasmes de toute puissance.

Pour être élu, il a utilisé un lexique et une phraséologie simple, courte, directe, martelée et répétitive afin de fixer ses vérités et d’entraîner l’adhésion des auditeurs et de chacun en particulier, tant il semblait, avec beaucoup d’affect, s’adresser au seul individu au sein du corps social.

En ces temps de démocratie d’opinion et de domination médiatique (audio-visuelle, sondages, etc…), la conviction ne fonde plus nécessairement un choix mais l’adhésion à une personne. Aussi, quand publiquement on s’identifie à quelqu’un au point de ressentir ce qu’il ressent : « les malheureux que la vie a brisé » ou « la France qui souffre », on se place en protecteur compassionnel et…en chef tout puissant : « nous n’avons pas le droit de… » ce qui laisse entendre « qu’il » a la solution.

C’est avec ses phrases courtes que Sarkozy martèle ses maximes comme autant de vérités générales. C’est avec des accents autoritaires pour mieux rassurer son auditoire sur sa capacité à restaurer l’obéissance au politique qu’il utilise une dialectique du commandement : « trop de libertés pour tous tue la liberté de chacun » (…) « ma France, c’est celle de tous les Français » (…) et de s’afficher en « porte parole du peuple » ou encore « ma France, c’est celle des travailleurs… » tout en désignant durant la campagne électorale sa concurrente comme étant « la candidate des partis, des combinaisons et des médias » ( !!! et lui ?). Toute critique ne serait que « procès stalinien ». Il désigne « les élites » comme autant de comploteurs, se pose en victime et en appelle au peuple et à « la majorité silencieuse ».

Le poids des mots de Sarkosy n’est pas à négliger. Il faut les prendre très au sérieux. Il s’appuie sur « ses mots » pour introduire la confusion et la perte des repères individuels et collectifs, afin d’instaurer ses notions d’autorité et d’interdits pour imposer ses valeurs, comme nous le verrons dans le 4ème épisode, d’un « Président peut en cacher un autre » (à suivre).
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Publié par Burgunder - dans Politique
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Edward Hopper

L'expo est terminée, les oeuvres restent....numérisation0781

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PUSSY RIOT, RESTONS MOBILISES JUSQU'A LEUR LIBERATION

 

Nadejda Tolokonnikova (22 ans), Ekaterina Samoutsevitch (29 ans), et Maria Alekhina (24 ans), quasiment inconnues jusqu'alors, ont été condamnées le 17 août 2012 à deux ans de détention en camp pour «hooliganisme» et «incitation à la haine religieuse» pour avoir chanté en février, encagoulées, avec guitares et sonorisation, une «prière punk» d'une minute trente dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou, demandant à la Sainte Vierge de «chasser Poutine». Cinq des dix chanteuses du Groupe Pussy Riot ont pris part à l'action, trois ont été arrêtées, les deux autres sont en fuite... Elles ont fait appel du jugement. Les artistes français sont restés d'une discrétion étonnante.

 

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VIème République, 1980 une idée part, 2012 une idée...

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C'est au "Club de la Presse" d'Europe 1, le 30 novembre 1980, que Brice Lalonde, candidat aux présidentielles de 1981 de l'ensemble des écologistes, demande un changement de Constitution et le passage à une VIème République. Depuis 32 ans les écologistes n'ont eu de cesse de réclamer cette nouvelle Constitution. Aujourd'hui, après nous avoir raillés durant trois décennies, il y a tous ceux qui défilent en appellant de leurs souhaits l'avènement de cette fameuse VIème, comme quoi au bout de tout ce temps la victoire des idées nous revient. Ci-dessus la couverture d'ECOLOGIE n°333 de janvier 1980 (journal que j'animais). Pour en savoir plus sur ce blog, allez à mars 2007, bonne lecture.

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Prendre l'air...

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L'info d'hier et d'aujourd'hui

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En 1970, l’information militante écologiste ne passe pas, c’est le blocage dans les médias nationaux et plus encore régionaux. Outre le mépris de cette « grande presse », la communication et la liaison entre la multitude des groupes écologistes sont inexistantes à l’exception des écrits et des notes de Pierre Fournier dans Charlie Hebdo et des bonnes adresses dans le mensuel Actuel.

 

Le « Tout passe » est la formule clé qui fait toute l’originalité de l’APRE. L’équipe technique de Montargis se contente alors de rassembler les informations envoyées par les groupes ou individus, de les classer, les présenter, les envoyer aux abonnés et à l’ensemble de la presse. « Tout Passe », même parfois les réflexions les plus saugrenues, mais l’APRE est un lieu d’expression ouvert à tous, sans exclusive idéologique, culturelle ou spirituelle, sans qu’aucune sélection ne soit opérée. Avec les moyens de l’époque, nous étions déjà dans la démarche et l’esprit des réseaux sociaux d’aujourd’hui, la technologie en moins.

 

Le projet n’est pas journalistique. Le rôle assigné à cette Agence de Presse est de collecter toute information touchant à l’écologie, aussi bien celles militantes que celles du domaine scientifique. Les sources proviennent de tout groupe ou mouvement, de toute association ou personne, intéressés par une diffusion et une circulation plus large de l’information écologique. Il s’agit alors de transmettre toutes les informations réunies, seule liaison hebdomadaire au service des militants et pour sensibiliser les grands médias à l’écologie dont ils ne parlent jamais. Il faut dire que tous les grands journaux et autres médias (radios, télés) sont destinataires d’un ou plusieurs exemplaires gratuits pour des journalistes ciblés Ces services de presse gratuits sont considérés comme un acte militant. De même, toutes les informations insérées dans le bulletin sont gratuites, et seul le montant des abonnements permet au bulletin de l’APRE d’être publié et expédié chaque semaine.

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Le numéro d'avril 1979 d'ECOLOGIE annonce à sa " une" l'accident nucléaire de Three Mile Island, et également Europe Ecologie qui annonce sa candidature aux élections européennes du mois de juin. Les Ecologistes ont obtenu 7,4% aux élections cantonales.

 

Le numéro de mai 1986, c'est la catastrophe de Tchernobyl en URSS. Aujourd'hui c'est Fukushima au Japon. L'actualité d'hier ne cesse de rattraper celle d'aujourd'hui. C'est pourquoi , alors que de 1973 à 1992, durant 20 ans, j'ai créé et animé des structures d'éditions, de production et de diffusion de la presse écologiste (Agence Presse Ecologie et Ecologie), 462 numéros parus, 30 dossiers et livres thématiques dont le premier ouvrage généraliste sur l'énergie solaire en France (1976), j'ai décidé de réouvrir cette presse et vous en faire partager les bons morceaux, non pas par nostalgie, mais simplement pour comparer et faire ressurgir ce qui fut un investissement financier important, un réseaux de compétences, de talents, d'intelligence collective et de solidarité. C'est incroyable ce que pour l'écologie, l'actualité d'aujourd'hui colle à celle d'hier. C'est pourquoi lorsque l'information le justifiera,  je vous livrerai des illustrations ou des articles parus durant ces 20 ans de l'APRE et d'ECOLOGIE. Vous serez surpris.

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