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2 octobre 2014 4 02 /10 /octobre /2014 14:51
Il y a 40 ans René Dumont, Montargis aux avant postes...

POURQUOI ET COMMENT ?

1974-2014, en ces temps du souvenir des quarante ans de la première campagne présidentielle écologiste menée autour de René Dumont, nous écolos de la région Centre et du Loiret ne perdons pas de vue la place et le rôle de Montargis dans cette histoire.

René et Montargis, une histoire particulière: sa mère Françoise Busque (qui fut l'une des premières femmes agrégées de mathématique en France) est nommée aux débuts des années vingt, directrice du collège de filles du Chinchon, à Montargis. Par engagement personnel, elle participe activement à l'alphabétisation de l'importante communauté chinoise qui se trouvait alors sur le Montargois. Le grand nombre d'entre ses membres travaillait à l'usine Hutchinson de Langlé à Châlette. Bon nombre d'entre eux deviendront célèbres tels Deug Xiaoping, Zhou Eulai et Chen Yi. A moins de 20 ans, René côtoie ces personnalités qui plus tard feront la révolution dans leur pays.

Un peu plus tard encore, il rencontre une Montargoise de son âge Suzanne Philippon qui après mariage devient Suzanne Dumont. Ainsi durant plusieurs décennies, René Dumont séjournera régulièrement à Montargis.

1970, les débuts de l'Ecologie politique. Autour de Jean-Luc et Sylvie Burgunder et leurs amis, à Montargis, se crée le Mouvement Pollution Non. A vocation nationale, il revendique clairement son engagement politique écologique (à l'époque on ne disait pas écologiste). En 1972, se crée toujours à Montargis l'Agence de Presse Réhabilitation Ecologique plus connue sous le vocable d’APRE (première parution le 5 janvier 1973), Agence qui deviendra plus tard "Ecologie" (Hebdo puis Infos) et qui publiera jusqu'en 1992.

A Montargis, René descend régulièrement dans une maison de famille au 25 de la Rue Neuve du Pâtis, l'APRE est installée au 12 de la même rue. Un voisinage qui favorise une proximité bon enfant et de travail. Plus tard René signera dans "Ecologie" un nombre important d'éditoriaux ou d'articles de fond.

1974, une présidentielle prématurée : En 1972, l’idée de présenter des candidats aux législatives de mars 1973 circule entre différents groupes (Les Amis de la Terre, Mouvement Pollution Non ou encore Jean Pignero de l’Association pour la Protection contre les Rayonnements Ionisants - APRI). Ce qui parait politiquement plus alléchant à beaucoup, à commencer par Pierre Fournier, Nature et Vie et le Comité de Sauvegarde de Fessenheim et de la plaine du Rhin (CSFR), serait de présenter un candidat à la présidentielle de 1976. Finalement l’idée séduit tout le monde, tous tombent d’accord sur le principe début novembre 1972 à Versailles lors du congrès de Nature et Progrès. Un an plus tard, en décembre au regard de la santé du président, estimant que l’élection présidentielle aurait lieu en 1974, l’Association des Journalistes et Ecrivains pour la Protection de la Nature et de l’Environnement (AJEPNE) adopte l’idée d’une candidature écologique.

Le choix du candidat. Le 2 avril, le président Pompidou décède, les téléphones passent au rouge et les 4 et 5 avril le Mouvement Pollution Non, l’AJEPNE, le Mouvement de l’Economie Distributive se rencontrent avec les Amis de la Terre et le Comité Anti-Nucléaire de Paris dans leur local de la rue du Commerce à Paris. Il s’agit dans l’urgence de trouver un candidat crédible. Brice Lalonde ne souhaite pas la présence d’un candidat afin de ne pas gêner F. Mitterrand, ou Charles Piaget leadeur des LIP qui pourrait-être candidat. Charles Loriant animateur de l’Economie Distributive pose sa candidature à la candidature. Néanmoins le nom de René Dumont circule avec insistance et s’impose dans les discussions. N’a-t-il pas écrit un an plus tôt « L’utopie ou la mort » ? De plus, de réputation mondiale, l’agronome-chercheur et enseignant à l’Institut agronomique de Paris-Grignon, fait sérieux même si il est non-conformiste et atypique. Au soir du samedi 6 mai, de retour d’Algérie, il est accueilli à l’aéroport par une délégation qui lui révèle son rôle potentiel dans l’élection à venir. Il rit et renvoie au lendemain sa réponse. Le dimanche il dit accepter d’être le porte-parole des mouvements écologiques qui le soutiennent mais à la condition d’être en accord sur un programme minimum, dont les grandes lignes sont de suite tracées. Le 9 avril, un des amphithéâtres de l’Agro à Paris est archi-comble, tout ce qui compte « d’écologique » est présent. L’excitation est à son comble, chacun des présents a bien conscience du moment historique. Un débat est organisé entre René Dumont, Charles Loriant et l’assistance. Un vote arbitre, et René est désigné candidat à une écrasante majorité. La vraie campagne peut officiellement débuter, à commencer par la chasse aux cent signatures d’élus nécessaires pour que le Conseil constitutionnel valide notre candidat. A remarquer qu’à l’élection suivante en 1981, ce sont 500 signatures qui seront nécessaires pour être candidat.

Une campagne hors normes - Le vendredi 12, le directeur des bateaux-mouches de Paris met gratuitement à notre disposition sur les quais de l’Alma l’un de ses vieux bateaux pour toute la campagne. Trop heureux et en bons matelots, nous embarquons tous en choisissant un poste afin de participer à la folle aventure. Que de rencontres, d’échanges, de découvertes en quelques jours, je ne compte pas ici vous dérouler la campagne, mais vous transmettre tout au plus le climat et l’esprit qui nous ont portés durant ces quelques semaines. D’abord nous n’avions aucune idée où nous menait notre entreprise, mais plaisir et désir qui se diffusaient autour de nous étaient la source de notre énergie. Il y avait aussi comme de l’étonnement de se retrouver là, si différents les uns des autres, mais dans une volonté de construction collective, d’où les principes d’auto-organisation définis et mis en place par tous dès le début de la campagne. Sans être un repère de bisounours (il y avait parfois de rudes échanges) pour l’essentiel des orientations et décisions qu’il fallait prendre au coup par coup et souvent dans l’urgence, c’est le consensus qui s’est imposé au sein du Comité de soutien durant toute la campagne. Au-delà de l’enthousiasme qui dominait, ce que je retiens de cette période, c’est le travail intense (parfois aux limites de l’épuisement) qui fut mené sur ce bateau où, dans un esprit de complémentarité, chacun choisit librement les tâches à accomplir. Alors que personne n’avait décidé d’un quota, force est de constater que c’est une forte proportion de femmes qui s’est mobilisée et activée durant cette campagne. Autre observation, comme l’a écrit à l’époque Claude-Marie Vadrot, « Cette campagne a aussi montré que les rapports entre les différentes générations ne posaient pas de problèmes sérieux ». Il est vrai que nous avions tous conscience « qu’il se passait quelque chose ». Durant ces semaines n’avions-nous pas naturellement mis en pratique nos espérances ? Ce happening permanent qui transforma le bateau-mouche en ruche, n’était-il pas l’esquisse de la société espérée au travers de l’écologie politique que nous portions ?

L’APRE dont le siège est à Montargis tient largement son rôle de cheville-ouvrière en prenant pieds sur le Quai de l’Alma et en publiant et expédiant sa publication deux fois par semaine (de Montargis) afin d’accélérer la circulation de l’information sur l’ensemble du territoire auprès des comités de soutien locaux. Nous étions encore dans un monde sans réseaux sociaux, ce que beaucoup aujourd’hui n’imaginent même pas. L’APRE était le seul outil écolo à tenir ce rôle.

Montargis : premières assises de l’écologie politique - Une fois le premier tour passé, il était évident pour beaucoup d’entre nous que l’esprit du bateau-mouche devait survivre. Il s’agissait pour nous d’élargir au plus grand nombre la mini-société qui s’est éclose durant la campagne sur le bateau-mouche. Pour ce faire, il a été décidé d’organiser des assises de l’écologie. Le 14 mai, le comité de soutien de « campagne » confie au Mouvement Pollution Non leur organisation à Montargis, les 15 et 16 juin 1974.

Ces assises ont rassemblé environ 2500 personnes sur deux sites, entre Montargis et Bazoches-sur-le-Betz à quelques kilomètres. Il en est ressorti la mise en place d’un collectif provisoire national ayant pour but de coordonner les collectifs écologiques issus de la campagne électorale. Déjà nous ne sommes plus dans le consensus du bateau-mouche. De suite, en réaction, 25 groupes créent le Collectif de Bazoches par opposition afin que l’écologie ne devienne pas une propriété exclusive, une marque.

Dans le communiqué final de ces assises, l’unanimité des participants reconnait : « la place de l’APRE comme le carrefour de l’information écologique et en souhaite le renforcement ». Message reçu, nous acceptons cette demande d’autant plus volontiers que c’est le but initial fixé par l’APRE depuis sa création et nous précisons : « l’Agence entend continuer et élargir son action en toute indépendance, comme elle l’a toujours fait. En aucun cas, elle ne deviendra un instrument au service de telle ou telle composante du courant écologique ». Engagement tenu tout au long des 20 ans de publication qui suivront jusqu’à faire de l’APRE, puis avec Ecologie-Infos, l’organe de service public de l’ensemble du Mouvement écolo comme en témoignent nombre de documents publiés durant ces deux décennies.

Pour le reste à savoir l’écologie politique, c’est une toute autre histoire…

Il y a 40 ans René Dumont, Montargis aux avant postes...

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Publié par BURGUNDER Jean-Luc - dans coups de coeur
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Edward Hopper

L'expo est terminée, les oeuvres restent....numérisation0781

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PUSSY RIOT, RESTONS MOBILISES JUSQU'A LEUR LIBERATION

 

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VIème République, 1980 une idée part, 2012 une idée...

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C'est au "Club de la Presse" d'Europe 1, le 30 novembre 1980, que Brice Lalonde, candidat aux présidentielles de 1981 de l'ensemble des écologistes, demande un changement de Constitution et le passage à une VIème République. Depuis 32 ans les écologistes n'ont eu de cesse de réclamer cette nouvelle Constitution. Aujourd'hui, après nous avoir raillés durant trois décennies, il y a tous ceux qui défilent en appellant de leurs souhaits l'avènement de cette fameuse VIème, comme quoi au bout de tout ce temps la victoire des idées nous revient. Ci-dessus la couverture d'ECOLOGIE n°333 de janvier 1980 (journal que j'animais). Pour en savoir plus sur ce blog, allez à mars 2007, bonne lecture.

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Prendre l'air...

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L'info d'hier et d'aujourd'hui

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En 1970, l’information militante écologiste ne passe pas, c’est le blocage dans les médias nationaux et plus encore régionaux. Outre le mépris de cette « grande presse », la communication et la liaison entre la multitude des groupes écologistes sont inexistantes à l’exception des écrits et des notes de Pierre Fournier dans Charlie Hebdo et des bonnes adresses dans le mensuel Actuel.

 

Le « Tout passe » est la formule clé qui fait toute l’originalité de l’APRE. L’équipe technique de Montargis se contente alors de rassembler les informations envoyées par les groupes ou individus, de les classer, les présenter, les envoyer aux abonnés et à l’ensemble de la presse. « Tout Passe », même parfois les réflexions les plus saugrenues, mais l’APRE est un lieu d’expression ouvert à tous, sans exclusive idéologique, culturelle ou spirituelle, sans qu’aucune sélection ne soit opérée. Avec les moyens de l’époque, nous étions déjà dans la démarche et l’esprit des réseaux sociaux d’aujourd’hui, la technologie en moins.

 

Le projet n’est pas journalistique. Le rôle assigné à cette Agence de Presse est de collecter toute information touchant à l’écologie, aussi bien celles militantes que celles du domaine scientifique. Les sources proviennent de tout groupe ou mouvement, de toute association ou personne, intéressés par une diffusion et une circulation plus large de l’information écologique. Il s’agit alors de transmettre toutes les informations réunies, seule liaison hebdomadaire au service des militants et pour sensibiliser les grands médias à l’écologie dont ils ne parlent jamais. Il faut dire que tous les grands journaux et autres médias (radios, télés) sont destinataires d’un ou plusieurs exemplaires gratuits pour des journalistes ciblés Ces services de presse gratuits sont considérés comme un acte militant. De même, toutes les informations insérées dans le bulletin sont gratuites, et seul le montant des abonnements permet au bulletin de l’APRE d’être publié et expédié chaque semaine.

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Le numéro d'avril 1979 d'ECOLOGIE annonce à sa " une" l'accident nucléaire de Three Mile Island, et également Europe Ecologie qui annonce sa candidature aux élections européennes du mois de juin. Les Ecologistes ont obtenu 7,4% aux élections cantonales.

 

Le numéro de mai 1986, c'est la catastrophe de Tchernobyl en URSS. Aujourd'hui c'est Fukushima au Japon. L'actualité d'hier ne cesse de rattraper celle d'aujourd'hui. C'est pourquoi , alors que de 1973 à 1992, durant 20 ans, j'ai créé et animé des structures d'éditions, de production et de diffusion de la presse écologiste (Agence Presse Ecologie et Ecologie), 462 numéros parus, 30 dossiers et livres thématiques dont le premier ouvrage généraliste sur l'énergie solaire en France (1976), j'ai décidé de réouvrir cette presse et vous en faire partager les bons morceaux, non pas par nostalgie, mais simplement pour comparer et faire ressurgir ce qui fut un investissement financier important, un réseaux de compétences, de talents, d'intelligence collective et de solidarité. C'est incroyable ce que pour l'écologie, l'actualité d'aujourd'hui colle à celle d'hier. C'est pourquoi lorsque l'information le justifiera,  je vous livrerai des illustrations ou des articles parus durant ces 20 ans de l'APRE et d'ECOLOGIE. Vous serez surpris.

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