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  le blog de Jean-Luc BURGUNDER

Au-delà de mes opinions écologistes et de mon engagement depuis 1970, je suis libre de ma pensée et un citoyen comme les autres. J'ai mes certitudes, mes doutes, mes questionnements, mes coups de cœur, mes espoirs, mes colères et une curiosité toujours en éveil. De plus, sur ce blog, je ne me limite pas à la politique institutionnelle mais élargi ce périmètre à toutes les dimensions de la vie. La politique n’est-elle pas la vie de la citée ?

26 avril 1986, le sacrifice des pompiers de Tchernobyl...

26 avril 1986, le sacrifice des pompiers de Tchernobyl...

ALERTE AU FEU !

A propos du sinistre anniversaire de Tchernobyl, je reprends des extraits des écrits, des témoignages de ceux qui ont vécu l’accident. Je l’ai déjà fait sur ce blog les années précédentes. Aujourd’hui je poursuis en faisant un arrêt sur image concernant les pompiers, premiers intervenants extérieurs et premières victimes.

1h23mn58s, la concentration d’hydrogène dans le mélange détonnant atteint le seuil critique d’explosion. Le réacteur et le bâtiment de la 4ème tranche sont détruits par une série d’explosions. Au-dessus de la tranche fusent des débris incandescents, des étincelles et jaillissent des flammes. Ce sont des morceaux de combustible et du graphite en fusion qui vont retomber en partie sur le toit de la salle des machines, recouvert de bitume, provoquant ainsi l’incendie.

Pour bien évaluer l’ampleur du rejet radioactif, rappelons que la bombe atomique d’Hiroshima a rejeté 4,5 tonnes de substance radioactive dans l’atmosphère. Le réacteur de la tranche n° 4 propulse dans l’atmosphère 50 tonnes de combustible évaporé créant ainsi une énorme poche de radionucléides de longue durée de vie. C’est-à-dire l’équivalent de 10 bombes d’Hiroshima sans les effets immédiats, plus 70 tonnes de combustible et environ 700 tonnes de graphite radioactif qui se sont déposées autour de la tranche accidentée.

A l’extérieur, les pompiers de la brigade du Lieutenant Pravik, responsable de la lutte incendie de la centrale, se rendent sur les lieux. Ils observent le « spectacle » du toit du dégazeur. L’un d’entre eux monte sur le toit du bâtiment du poste d’eau à environ 71 mètres afin d’avoir une vue d’ensemble. Durant son ascension, il retire son casque de protection à cause de la grande chaleur. Il redescend pour prévenir ses camarades et dépeint la situation au Commandant Teliatnikov. Celui-ci donne l’ordre de mettre en place une équipe de combat et de ne pas partir avant d’avoir emporté la victoire…

L’explosion du réacteur a projeté dans l’air la plaque de protection biologique supérieure (500 tonnes), elle est retombée sur l’appareil de tout son poids, légèrement inclinée et elle a entrouvert le cœur de chaque côté. Un pompier monte au niveau 36m du hall central et jette un coup d’œil dans le réacteur. Des rayonnements d’environ 30 000 roentgens/h, ainsi qu’une puissante irradiation neutronique s’échappent du ventre du « volcan ». Tout au long de la catastrophe, les jeunes pompiers soupçonnent vaguement qu’ils risquent une surexposition grave, mais à aucun moment ils n’en prennent vraiment conscience. Ainsi, ils marchent longtemps sur du combustible et du graphite retombés sur le toit de la salle des turbines et qui « chauffent » jusqu’à 20 000 roentgen/h. Ces pompiers ont réussi à maîtriser le feu visible, mais comme beaucoup d’autres, ils ont été brûlés par le feu invisible, le feu des rayons neutroniques et des rayons gamma, que l’eau ne peut éteindre…

Les hommes obéissent, certains restent sur le toit de la salle des machines jusqu’à 7h du matin. Ils se sentent mal tout de suite et surmontent leurs nausées les imputant à la fumée et à la chaleur. A 5h du matin, ils redescendent en proie à des douleurs intolérables.

Alors que leurs casques sont couverts de cendres noires radioactives de graphite et de kéramsite, les pompiers ne soupçonnent pas encore l’existence de rayonnements. L’un après l’autre, les hommes sont mis hors de combat : ils sont pris de nausées, de vomissements, leur conscience se trouble. A 3h30 du matin Teliatnikov descend à la salle de commande pour faire le point et demande s’il y a un risque de radioactivité et appelle un dosimétriste. Il fonce à l’extérieur et marche sur le graphite et le combustible, il se sent mal, son visage est marron foncé, il est pris de nausées, de vomissements mais il veut avoir le cœur net concernant la radioactivité ambiante.

Le dosimétriste a un radiamètre de mille microroentgens/s, qui bute partout au maximum, au sol comme sur le toit. Le dosimétriste ne peut donc pas déterminer la véritable situation radiologique : son radiamètre indique en tout et pour tout 3,6 roentgens/h, alors qu’en réalité l’activité sur le toit atteint en différents points de 2000 à 15000 roentgens/h. Sur le toit, le graphite et le combustible incandescent brûlent, se mélangent au bitume fondu et l’ensemble se transforme en une boue extrêmement radioactive dans laquelle pataugent les pompiers. Au sol, la situation n’est pas meilleure : graphite, éboulis de combustible mais aussi poussière nucléaire retombée du nuage de l’explosion, recouvrent tout d’un halo empoisonné.

Les différents responsables de la centrale continuent de nier l’évidence, leur réacteur est « intact », affirmaient les uns. D’autres refusaient de voir la réalité à travers les blocs de graphite qui jonchaient le sol, alors qu’ils auraient dû l’admettre et comprendre que des hommes étaient en train de mourir inutilement sous leurs yeux incrédules.

Les premiers à être hors de combat sont Kibenok et ses pompiers. Le lieutenant Pravik fait également partie du premier groupe de victimes…A 5h du matin, l’incendie est circonscrit mais le prix est lourd, 17 pompiers parmi lesquels le commandant Teliatnikov sont envoyés au centre médical puis dirigés le soir même à Moscou. Ils sont les premiers d’une liste bien plus longue dans laquelle on retrouvera les opérateurs de la centrale elle-même puis, plus tard, de nombreux liquidateurs.

Eteint le feu ? Pourtant le soir du 26 avril, l’incendie redouble. Le graphite brûlait. De loin, les gens apercevaient le feu sans y prêter une attention particulière.

« - Quelque chose brûle…

« - Les pompiers ont éteint l’incendie…

« - Mais ça brûle encore… »

Qu’en fut-il des pompiers de Fukushima ? Qu’en sera-t-il des secours de Dampierre-en-Burly, de Belleville, de Bugey, de Fessenheim… et de toutes les autres centrales dans le pire des cas ?

26 avril 1986, le sacrifice des pompiers de Tchernobyl...
26 avril 1986, le sacrifice des pompiers de Tchernobyl...
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